Le Grand Paris selon Guillaume Pepy : « un réseau maillé, rapide, cadencé qui forme la trame de la métropole »?
Ville, Rail & Transports. Le projet de Grand Paris apparaît aujourd’hui comme un projet de métro automatique confié à la RATP. On se dit : « Grand Paris égale Société du Grand Paris égale métro automatique. » Est-ce une défaite pour la SNCF ? N’êtes-vous pas un peu lésés, frustrés par cette assimilation ?
Guillaume Pepy. Le Grand Paris n’est pas un champ de bataille mais un immense projet collectif au service de la ville-capitale et de ses habitants… et de la nation tout entière. Tout le monde attendait un tel projet pour redessiner un avenir à 10-20 ans, avec un impact tout au long du XXIe siècle. Défi d’autant plus grand que des incertitudes sur l’énergie, le climat, les modes de vie s’accumulent. Ou plutôt les certitudes, car on sait bien que nos sociétés auront changé, les bassins de vie comme les bassins d’emplois. Ainsi, lequel des mouvements décrits par les urbanistes entre villes et périphéries se réalisera ? Y aura-t-il de nouvelles villes dans le Grand Paris ? Quelles seront les aspirations des habitants ? Quel sera le poids du télétravail ? Comment se vivront les loisirs ? Malgré ces questions redoutables, et bien d’autres, il faut imaginer et décider maintenant. Une chose est claire : le rôle des transports dans le Grand Paris sera structurant car ils permettront la mobilité entre les différentes zones et leurs multiples activités. Et par leur présence ils induiront d’autres activités et seront le moteur du développement économique et urbain de demain. Ce sera déterminant pour mieux positionner Paris dans la compétition des villes-monde.
VR&T. Vous répondez sur les principes, mais pas à la question sur la place de la SNCF dans le projet…
G. P. Parce que je ne partage pas vos postulats. Je viens de parler du « projet du Grand Paris », dont l’ambition a été fixée par le président de la République à la Cité de l’architecture. Concernant les transports, il porte un projet d’ensemble très cohérent : grand projet Seine-Le Havre, modernisation et extension des RER, projets proposés par la région et, bien sûr, l’emblématique « double boucle ». Quand on les ajoute, cela crée un réseau maillé, rapide, cadencé qui forme la trame de la métropole. Le « réseau de transports du Grand Paris » est le nom donné par le secrétaire d’État dans son projet de loi à la double boucle. Mais pas plus que Paul Delouvrier ne prétendait dans les années soixante que le Réseau express régional constituait l’ensemble des transports de la région, Christian Blanc ne veut faire de ce « réseau de transports du Grand Paris », c’est-à-dire la double boucle, la totalité des transports du Grand Paris ! Croyez-vous que le métro RATP ne fasse pas partie des transports du Grand Paris ? Christian Blanc a rappelé avec force devant les députés que la modernisation de l’ensemble des transports existants devait se poursuivre. C’est aussi ce que dit Gilles Carrez. Et tous les élus de la région Île-de-France y sont très attentifs. Le projet de loi en cours de discussion traite des sujets nouveaux. Par exemple, dans le domaine de l’aménagement, le projet de loi ne parle que de Saclay ; cela ne veut pas dire que La Défense, Marne-la-Vallée ou Seine-Aval ne sont pas importants pour le Grand Paris. Et la modernisation du système de transport existant pour en faire un système digne d’une ville-monde du XXIe siècle est un projet exaltant. Bref, pour la SNCF, le Grand Paris est un projet d’enthousiasme et de mobilisation.
VR&T. On a le sentiment que la SNCF a proposé des projets alternatifs : faire circuler des TGV sur les axes du Grand Paris, créer des gares TGV en Île-de-France. Quel est le statut de ces projets par rapport à la double boucle et au Grand Paris ?
G. P. Le Grand Paris a suscité partout une effervescence intellectuelle extraordinaire. Chez nous aussi ! Nous avons voulu aller plus loin et faire des propositions. C’est notre rôle. Cela ne remet en rien en cause la responsabilité de ceux qui décident : les élus, l’État et le propriétaire du réseau. Il n’est pas question de projets alternatifs, mais complémentaires. Notre préoccupation est simple : à l’échelle des ambitions du Grand Paris, comment optimiser les réseaux et les maillages sur lesquels nous intervenons et comment les connecter avec la double boucle pour installer un puissant effet système ? C’est cette cohérence d’ensemble pour maximiser la fluidité des transports qui nous guide. Concernant la grande vitesse, par exemple, notre proposition est de faire de la région Île-de-France un véritable hub de la grande vitesse française et européenne. D’articuler les gares de la grande vitesse avec les lignes existantes et la double boucle. À Massy, où la gare TGV existe déjà, demain en Seine-Saint-Denis, à La Défense ou à Orly. Et la création d’un lien TGV venant de Normandie et ouvrant peut-être vers Roissy avec une « rotule » à La Défense fait ainsi partie des défis que le président de la République demande à RFF et à SNCF de relever.
VR&T. On a connu une bataille d’influence, il y a une vingtaine d’années, entre SNCF et RATP, Christian Blanc et Jacques Fournier, autour d’Eole et de Météor. Est-ce la même bataille qui se rejoue entre métro automatique d’un côté, RER de l’autre ? Et la m&e
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