Exclusif. Alstom et SNCF principaux responsables des retards de livraisons de trains selon un rapport
Explosif! Dans un rapport au vitriol, Alstom et la SNCF sont pointés comme les grands responsables des retards dans les livraisons de trains en France. Ce rapport a été remis en décembre à la DGITM (Direction générale des infrastructures, des transports et de la mer) et à la DGE (Direction générale des entreprises). Le document, dont nous avons eu connaissance des principales conclusions, sera examiné la semaine prochaine par les cabinets ministériels, nous indique-t-on au ministère des Transports. Le sujet est plus que sensible car le texte est écrit « au vitriol », avec parfois un « ton très sarcastique », nous confie une autre source proche du dossier.
Ses auteurs sont trois experts qui ont été mandatés il y a un an par les ministres des Transports Philippe Tabarot et de l’Industrie Marc Ferracci (alors ministre de l’Industrie et depuis remplacé par Sébastien Martin). La commande ministérielle leur demandait d’analyser les causes de retards et les surcoûts survenus lors des commandes de TGV M, des rames MI20 pour le RER B et le RER NG ainsi que des trains d’équilibre du territoire « Oxygène », comme l’expliquait leur lettre de mission que VRT avait alors dévoilée. La mission, conduite par Christian Dugué, François Feugier et Yves Ramette* devait initialement présenter ses recommandations en juillet dernier. Sa rédaction a pris plus de temps que prévu en raison du besoin éprouvé par les experts de rencontrer un très grand nombre de professionnels de la branche ferroviaire.
Manque de maîtrise de la supply chain, de l’organisation et du management
Dans leur rapport, les experts pointent particulièrement la responsabilité d’Alstom, principal constructeur ferroviaire français, qui n’arrête pas d’engranger les contrats malgré ses difficultés à livrer les matériels dans les temps. Parmi les principales causes identifiées figurent le manque de maîtrise de la supply chain, ainsi que l’organisation et le management du groupe ferroviaire.
La SNCF est également fortement critiquée pour son management et son organisation. « L’entreprise travaille trop en silo. Elle a une longue culture des cahiers des charges, des spécifications et des sur-spécifications » et devrait revoir ses méthodes, nous résume une de nos sources.
Le constructeur espagnol CAF est aussi visé mais dans une moindre mesure, étant de fait moins présent en France.
La RATP, l’Etat, Ile-de-France Mobilités et les autorités organisatrices des transports ont aussi une responsabilité dans la dérive des délais. Le rapport indique que les cahiers des charges ont tendance à se complexifier, après le lancement des commandes, en matière de conception des matériels mais également pour leur maintenance. Le texte pointe aussi les délais demandés par les élus, souvent « irréalistes« , trop pressés qu’ils sont de voir les projets aboutir pour en tirer les dividendes.
Entre huit et douze ans pour « sortir » un train
Conséquence : les délais pour « sortir » un train se sont allongés avec le temps, « entre huit et douze ans », alors qu’il en fallait plutôt huit il y a quelques années selon le rapport.
Enfin, la procédure d’homologation est particulièrement longue et compliquée en France. Elle devrait être revue pour être plus efficace et rapide, selon l’expertise. Bout à bout, toutes ces procédures et mauvaises habitudes font dériver les délais et les coûts qui s’envolent.
Le rapport est désormais très attendu par le secteur qui veut comprendre où sont les responsabilités et les remèdes possibles. Notamment du côté d’IDFM qui voudrait l’étudier avant de lancer un appel d’offres pour renouveler les rames du RER C.
Rappelons que l’objectif de la mission était de permettre de disposer de recommandations pour atteindre une « amélioration substantielle d’ici trois ans« , comme le demandait le mandat confié aux experts.
* Christian Dugué, qui intégré le BEA-Mer, a consacré l’essentiel de sa carrière au secteur naval, en travaillant pour Naval Group et la DGA. François Feugier, aujourd’hui consultant, a travaillé pour de grandes entreprises comme Safran, Air Liquide, Renault ou Valeo. Yves Ramette a été directeur général de SNCF Réseau Ile-de-France, après avoir été DGA à la RATP.
Publié le 12/11/2025 - Sylvie Andreau