
Nouvelle étape pour Velvet qui baptisait symboliquement, le 22 avril, sa première rame sur le site d’essais d’Alstom à La Rochelle. La rame, habillée d’une livrée bien reconnaissable avec son vert profond et son ruban lilas s’enroulant autour de la motrice, a commencé les essais statiques. Ils doivent se poursuivre jusqu’à la fin de l’année et seront suivis par les essais dynamiques avant l’homologation finale attendue en 2028.
Ce train à grande vitesse nouvelle génération est issu de la plateforme Avelia Horizon comme le TGV M de la SNCF. La compagnie ferroviaire en a commandé, en 2024, douze exemplaires, auxquels s’ajoute un contrat de maintenance sur quinze ans. Un an plus tard, la fabrication commençait. Elle nécessite la collaboration de plus de 1000 collaborateurs sur 11 sites du constructeur ferroviaire, a indiqué Frédéric Wiscart, le président France d’Alstom.
Velvet, qui se présente comme la première compagnie ferroviaire à grande vitesse indépendante en France, veut ainsi montrer qu’elle tient son calendrier. « Nous n’avons pas voulu innover sur le train lui-même car nous voulons accélérer le projet. Nous avons cherché à innover sur la livrée et sur l’expérience du voyage à bord « , commente Tim Jackson qui a fondé la compagnie avec Rachel Picard.
Premier service en 2028
Les deux fondateurs envisagent de lancer un premier service à l’horizon 2028. Ils ont entamé les discussions en fin d’année dernière avec SNCF Réseau pour réserver des sillons. « Nous nous sommes intégrés dans la trame de sillons pré-organisés par SNCF Réseau sur trois axes : Paris-Bordeaux, Paris-Nantes avec un arrêt à Angers et Paris-Rennes « , précise Tim Jackson, ancien directeur exécutif d’Alpha Trains et ex-PDG de la BU RATP Dev en Grande-Bretagne et en Irlande,
La compagnie commencera par exploiter la ligne Paris-Bordeaux avec quatre rames, a priori en unités simples. Puis, elle ouvrira les deux autres liaisons au fur et à mesure de l’arrivée des rames. Il est prévu qu’Alstom lui livre une rame par mois. « Il faudra donc attendre trois ou quatre mois avant de lancer la ligne suivante, puis trois ou quatre autres mois pour la troisième liaison. Nous ne nous précipiterons pas. Notre objectif est d’avoir une exploitation robuste « , précise Rachel Picard, qui a dirigé SNCF Voyages de 2014 à 2020.
Dix millions de sièges annuels
Dix millions de sièges supplémentaires pourront être proposés lorsque les trois axes seront desservis par Velvet. En revanche, pas question de s’arrêter dans d’autres villes. « Nous verserons 200 millions d’euros annuels à SNCF Réseau en péages « , se plaît à rappeler Rachel Picard pour fermer le débat lancé par le groupe SNCF sur la desserte des lignes d’aménagement du territoire.
Les fondateurs de la nouvelle compagnie savent qu’ils perdront de l’argent les premières années. D’où la nécessité de remplir au maximum les trains pour amortir les coûts du système ferroviaire qui sont très élevés. Mais Velvet peut compter sur des partenariats solides, notamment financiers avec Antin Infrastructure Partners et un pool de banques françaises.
Pas un mot pour le moment sur le nombre de sièges par train (les trains choisis, à double niveau, sont très capacitaires, rappelle Rachel Picard) ni sur la politique tarifaire. Seules précisions : l’accès aux trains sera « simplifié » et le choix est de « faire de la fréquence avec des trains plusieurs fois par jour, tous les jours de la semaine ».
Le pari porte sur la forte demande en trains. « Elle augmente plus vite que l’offre, en particulier sur la façade ouest. Aujourd’hui, 15 % des voyageurs restent à quai faute de train. Ils seront 25 % en 2030 si rien n’est fait « , souligne Rachel Picard. « Nous nous donnons trois missions : mettre plus de gens dans les trains, mettre plus de trains sur le réseau et être utiles à la planète ».
300 collaborateurs à terme
L’ancienne patronne des TGV à la SNCF veut vendre ses billets non seulement sur son propre site de distribution mais aussi via la plateforme de SNCF Connect, «en position ultra-dominante sur le marché « . D’où un lobbying important auprès des sénateurs pour qu’ils intègrent cette possibilité dans le projet de loi-cadre sur les transports. « Notre objectif est d’être distribué le plus possible. Nous sommes en discussions avec les agences de voyages, avec les sites de distribution des régions… « , poursuit Rachel Picard, en affutant ses arguments : c’est à l’avantage de la SNCF de proposer une plateforme de référence, multi-opérateurs et multimodale (puisqu’elle vend aussi des trajets en bus, en covoiturage.. ), assure-t-elle.
Velvet, qui emploie actuellement une quarantaine de personnes, recrute. A terme, elle devrait compter 300 salariés permettant d’assurer son développement. Environ 100 postes seront aussi nécessaires pour assurer la maintenance opérée par Alstom à l’atelier de Marcheprime près de Bordeaux, que Lisea (groupe Vinci), le concessionnaire privé de la ligne Tours-Bordeaux, est en train de construire.








