Deux fois plus de trains supprimés comparé à l’été 2025, deux fois plus de minutes perdues et deux fois plus de retard : l’été a été compliqué pour la SNCF. Entre la canicule, les incendies et les orages intenses, la compagnie a dû gérer des trains dont la climatisation était parfois défaillante et a préféré, parfois, supprimer des circulations plutôt que de risquer la panne en pleine voie. « Nous assumons pleinement les annulations préventives. Notre boussole, c’est le confort du voyageur et de lui éviter une panne en pleine ligne avec un train dont la climatisation est fragile », a commenté Jean-Aimé Mougenot, le nouveau directeur général de SNCF Voyageurs, se prêtant à l’exercice du bilan de l’été à côté de Jean Castex, PDG du groupe, et d’Olivier Bancel, directeur général adjoint Clients et exploitation de SNCF Réseau.
180 millions d’euros de manque à gagner
Le bilan financier est lourd : sur les huit premiers mois de l’année, qui a également été marquée par des tempêtes et des inondations, l’impact climatique a engendré un manque à gagner de 180 millions d’euros, dont 80 millions durant la seule période estivale. Un montant qui ne couvre pas le coût des réparations que le groupe a dû effectuer.
Pour y faire face et anticiper les risques, SNCF Réseau a mobilisé cet été 5500 agents, dont 3500 affectés à des tournées de surveillance et 2000 en maintenance d’astreinte. La surveillance des voies, des caténaires et autres équipements a été renforcée.
Ce qui s’est passé cet été est appelé à se répéter, et même s’amplifier. « Nous voulons en tirer les enseignements et avons engagé un retour d’expérience », a indiqué Jean Castex, en rappelant que le groupe n’avait pas attendu cet été pour engager un plan d’adaptation au changement climatique puisqu’il a été lancé en 2024.
Parmi les réponses, la gestion préventive se généralise, que ce soit en France ou chez nos voisins, a souligné le patron du groupe. Ce qui suppose, avec Météo France, des outils pour localiser et évaluer finement l’intensité des épisodes climatiques afin d’adapter en conséquence les circulations.
Connaître les risques et anticiper
À partir de 2027, le groupe compte ainsi renforcer sa préparation opérationnelle, ce qui passe par une meilleure connaissance des risques sur les lignes, les gares ou les trains. Des capteurs permettent déjà de surveiller le réseau. La maintenance des « équipements sensibles » (climatisation des trains, caténaires…) va être renforcée. De même, pour prévenir les chutes d’arbres sur les voies, SNCF Réseau va dépenser plus de 30 millions d’euros par an. Le gestionnaire des voies compte aussi investir 30 millions annuels dans le débroussaillage et plus de 40 millions annuels pour la sécurisation des talus. Enfin, la protection des personnels et des voyageurs va également être renforcée.
À plus long terme, le futur contrat de performance, qui prévoit une augmentation des investissements en faveur de la régénération des infrastructures (pour arriver à 4,5 milliards d’euros à partir de 2028, contre 3,4 milliards cette année), doit permettre du même coup d’améliorer la résilience, affirme Olivier Bancel. En plus du renouvellement de voies, il est notamment prévu 340 millions pour remplacer des caténaires souvent très âgées. 430 caténaires devraient être changées chaque année contre 340 actuellement. Les guérites de signalisation vont bénéficier de nouveaux investissements à hauteur de 10 millions par an. Ou encore les ponts et tunnels vulnérables se verront affecter une enveloppe de 60 millions d’euros par an. Reste à savoir si ces mesures seront suffisantes alors que l’on sait déjà que les investissements prévus par le contrat de performance permettront tout juste de stopper le vieillissement du réseau pas de le rajeunir.
300 millions d’euros pour la climatisation des TGV
Face à 63 jours de vague de chaleur sur les 102 jours de la fin mai à la fin août, la climatisation des trains a montré ses limites. D’autant que la SNCF doit entretenir 5600 matériels de toutes sortes et de tous âges. Les matériels conçus après 2015 peuvent supporter des températures de 38 à 40°C mais pas les plus anciens comme les Corail.
Un programme de 300 millions d’euros a été défini sur quatre ans. Il repose sur quatre axes : isoler (avec des filtres UV par exemple ou de la peinture blanche pour la toiture des Corail), booster les systèmes de climatisation pour leur permettre de résister à de plus fortes chaleurs, anticiper la maintenance et adapter les procédures et conditions de travail dans les technicentres et ateliers.
Avec les futurs trains (TGV M, Oxygène), les systèmes de climatisation devraient franchir un nouveau cap, en pouvant résister à des températures tournant autour de 50°C.
Côté TER, des discussions sont en cours avec les régions, autorités organisatrices des mobilités, pour renforcer la climatisation de leurs trains.
L’été en chiffres
Près de 30 millions de voyageurs ont pris le TGV en France et en Europe, en hausse de 2,3 % (contre + 2,6 % l’été précédent)
Parmi les 23 millions de voyageurs ayant emprunté les TGV en France cet été, 164 000 ont subi un retard de plus de 3 heures (50 % de grands retards en plus comparé à 2025 pour les TGV). Mais ils ne représentent que 0,7 % des voyageurs, a indiqué Jean Castex,
2 millions de voyageurs ont emprunté des Intercités (-13,6 % par rapport à l’été 2025), dont 16500 ont subi un retard supérieur à 3 h, soit 0,8 % des voyageurs.
67,3 millions de voyageurs ont utilisé les TER, un chiffre en hausse de 2,5 %.
Pour les Intercités, deux millions de voyageurs ont été comptabilisés (contre 2,2 millions l’été précédent) : 630 trains ont été supprimés en juillet et en août, soit trois fois plus que l’année précédente, 89 % des voyageurs ont eu leur plan de transport assuré.
1,9 million de clients sont éligibles à la compensation dès 30 minutes de retard, selon la SNCF.
6800 taxis ont été réservés, 19300 chambres d’hôtel réservées, 1,5 million de bouteilles d’eau et 168 000 coffrets repas distribués.