La grève lancée le 10 juin par les quatre organisations syndicales représentatives de la SNCF a été fortement suivie. Les syndicats attendent maintenant les réponses de la direction lors de la table ronde prévue le 23 juin. VRT a interrogé les responsables syndicaux sur leurs demandes. La CGT Cheminots n’avait pas encore donné suite à notre demande au moment de la publication de ces interviews.
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Ville, Rail & Transports. Quel bilan dressez-vous de la grève du 10 juin?
On ne peut que saluer la forte mobilisation des cheminotes et des cheminots. C’était une mobilisation unitaire et remarquable. Les trois revendications portées par les organisations syndicales ont vraiment porté la voix des cheminots. Les taux de mobilisation ont été très importants chez les roulants, les aiguilleurs… et même chez les cadres.
Mais elle a été moins forte dans les sociétés dédiées?
La mobilisation a été également importante mais il faut la re-situer dans son contexte : les mobilisations sont toujours un peu moins fortes dans les petites structures.
Quels sont les premiers signes donnés par la direction suite à cette mobilisation?
La direction a confirmé la table ronde du 23 juin et renvoie ses réponses à cette date. Nous verrons à ce moment-là si elle a pris la mesure de nos trois revendications. Nous avons un devoir d’alerte. Aujourd’hui, la politique d’ouverture à la concurrence est réinterrogée. Ceux qui l’ont portée en 2018 sont les mêmes qui la remettent en question aujourd’hui. Ils croyaient en la magie de la concurrence mais elle n’a rien réglé. Au contraire. Il y a un prix social de la concurrence. D’ailleurs Jean Castex a déjà évoqué l’idée d’un observatoire de la concurrence. Il faut l’évaluer : combien a coûté la concurrence et pour quels résultats?
Quelles réponses attendez-vous?
Le 23 juin, il faudra que nous ayons des réponses sur les réorganisations en cours dans le groupe, sur la préservation des droits de cheminots et sur la préservation du pouvoir d’achat suite à l’inflation. Nous demandons la réouverture de la clause de revoyure prévue dans les NAO. Nous voulons aussi des mesures immédiates car le service public a un coût : quand un agent ouvre ou ferme une gare par exemple, il prend sa voiture et cela a un coût.
Jusqu’à présent, la SNCF était une entreprise de la certitude, de la compétence, du droit social. Elle est en train de devenir une entreprise de l’incertitude. Si la réunion du 23 juin n’apporte pas de réponses à la hauteur, nous construirons un nouveau mouvement. Si la direction estime qu’elle a déjà tout donné, ce sera une erreur d’interprétation.
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Quel bilan dressez-vous du mouvement du 10 juin?
C’est une réussite même si nous avons beaucoup de mal à obtenir les chiffres officiels de la direction qui refuse depuis plusieurs années de nous les donner. De nombreux cheminotes et cheminots ont répondu à notre appel, nous sommes dans le vrai.
Quelle suite comptez-vous donner au mouvement?
Le PDG de l’entreprise, Jean Castex, a prévu de nous recevoir le 23 juin. Nous attendons des réponses sur trois points : les réorganisations qui causent de la souffrance, les sociétés dédiées qui mettent à mal les droits des salariés et des hausses de salaires en raison de l’inflation plus forte que prévu. Nous avons signé un accord NAO avec une clause de revoyure, il faut renégocier.
La direction peut-elle vous donner satisfaction sur ces points qui pourraient remettre en cause son organisation?
J’espère que le message est bien passé, je suis optimiste. Ce n’est pas la SNCF qui va changer la loi sur la concurrence mais il y a des sujets sur lesquels elle peut agir. Nous attendons notamment qu’elle arrête de répondre aux appels d’offre en créant des filiales. Ce n’est pas un impératif défini par la loi. Les régions demandent un cadre financier séparé, la SNCF peut le faire sans créer de sociétés dédiées. La loi demande aussi un cadre social de haut niveau.
Jean Castex ne semble pas très allant sur la concurrence…
Sur ce sujet, Jean Castex est un homme réaliste. On voit que les Britanniques renationalisent leurs chemins de fer après 30 ans de privatisation. Le ferroviaire n’est pas adapté à la concurrence. D’ailleurs, la SNCF a été créée pour que l’État reprenne la main car toutes les sociétés privées avaient fait faillite. L’État était alors redevenu stratège avec un monopole.
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Quel bilan dressez-vous de la grève?
La mobilisation a été très réussie. Nous sommes très en colère : la stratégie de Jean Castex n’est pas à la hauteur de la situation. Il nous renvoie au 23 juin alors que de nombreux cheminots et cheminotes se sont mis en grève le 10 juin. Les trois revendications portées unitairement par les organisations syndicales parlent aux cheminots. Cela n’a pas toujours été le cas. Cette fois-ci, nous avons vu de nombreux rassemblements, d’AG… Le mouvement revendicatif est parti.
Quelle suite envisagez-vous?
Nous ne nous arrêterons pas là. Nous avons lancé une grève un mercredi, en pleine semaine, avant le bac. C’est la dernière fois que nous faisons attention. Nous avons assez entendu parler d’unité du groupe, il faut passer aux actes.
Nos revendications sont claires. Elles parlent aux agents sur le terrain, que ce soit à propos des réorganisations et des souffrances qu’elles causent, de la concurrence ou des rémunérations.
Nous prendrons la température le 23 juin et nous discuterons avec les trois autres organisations syndicales et la base. Jean Castex n’a pas compris la situation. Il ne s’agit plus d’organiser une table ronde comme il l’a fait quand il est arrivé. Ce sera surveillé par des milliers de cheminots qui ont perdu de l’argent.
Nos revendications sont connues depuis des mois. Nous allons continuer à aller sur le terrain et à mobiliser. Si nous n’obtenons pas satisfaction, nous ne nous interdisons rien. Ce n’est pas la période estivale qui va nous arrêter.
Pensez-vous que l’unité syndicale pourra perdurer?
Les fédérations devront prendre leurs responsabilités. Nous voulions poser, dès hier, une nouvelle alarme sociale mais cela n’a pas fait l’unanimité. Si on garde l’unité syndicale, il faudra hausser le ton si on n’obtient pas de vraies réponses.