Après le déraillement d’un TER le 11 septembre à Cléon, en Normandie, de nombreuses questions se posent tant du côté des enquêteurs que des cheminots : pourquoi un rail se trouvait-il sur la voie ce jour-là ? Les organisations syndicales sont donc montées au créneau pour demander des explications et faire taire les doutes sur l’état du réseau. D’où une table ronde sur la sécurité, montée en urgence le 24 septembre, avec les quatre organisations syndicales représentatives de l’entreprise et, nous ont-elles précisé, le directeur de la sécurité de SNCF Réseau, Damien Pallant, ainsi que les représentants sécurité des SA.
De source syndicale, plusieurs engagements ont été pris, parmi lesquels un plan d’action pour mieux organiser le ramassage des rails qui peuvent se trouver à proximité des voies. « Nous demandions la suppression des risques et de remettre des moyens dans la sécurité », explique Yoann Saugues, responsable Réseau pour l’Unsa-Ferroviaire.
Un recensement de l’ensemble des coupons de rail positionnés sur le territoire va ainsi être réalisé, précise le syndicaliste. « Un bilan est attendu le 25 novembre. SNCF Réseau devra également avoir tout évacué dans les six mois« , ajoute-t-il. Les règles d’enlèvement des coupons de rail va être renforcée d’ici la fin de l’année.
« L’entreprise va mettre les moyens humains et matériels. Nous avons aussi obtenu une coordination et plus de dialogues entre les SA Réseau et Voyageurs au niveau national pour renforcer la communication et les échanges sur les sujets liés à la sécurité. Car les conducteurs sont des acteurs incontournables de la sécurité. Ils peuvent constater des avaries et doivent faire remonter les informations. Il faut que l’information remonte bien jusqu’à SNCF Réseau », explique le représentant de l’Unsa-Ferroviaire.
« Il faut revenir en arrière sur l’organisation des emplois. Avec le programme mis en place par Matthieu Chabanel, des brigades voies, qui comprenaient huit agents, ont vu le nombre des agents diviser par deux« , nuance Julien Troccaz, secrétaire fédéral de Sud-Rail, qui se dit toutefois satisfait des engagements pris lors de cette réunion.
Par ailleurs, un audit sur l’état du réseau a été réalisé. Il doit être réactualisé et enrichi. Il doit être présenté le 14 octobre, précise Julien Troccaz. Et une nouvelle table ronde devrait être organisée le 21 octobre en présence du PDG de SNCF Réseau, toujours selon lui.
Une autre étude doit être menée sur l’impact du changement climatique. «Il y aura un audit comparatif avec les pays confrontés à des conditions climatiques extrêmes pour adapter nos organisations », souligne encore Yoann Saugues.
Pour les organisations syndicales, ces questions renvoient au sujet plus global du financement public pour régénérer et moderniser les infrastructures ferroviaires vieillissantes. Contacté par VRT, SNCF Réseau n’avait pas encore fait de commentaires au moment où nous publions cet article.
Pourquoi le ramassage des rails usés a évolué au cours du temps
Pour comprendre pourquoi certains matériaux se retrouvent au bord des voies, il faut remonter l’histoire, explique Yoann Saugues, responsable Réseau pour l’Unsa-Ferroviaire. « Il faut remonter à la création de SNCF Réseau et au contrat de performance qui demande au gestionnaire des infrastructures de réaliser des gains de productivité », raconte le syndicaliste. « Avant, lorsqu’un chantier de maintenance était réalisé, des trains apportaient le matériel qui était déchargé et il repartait avec les déchets pour être retraités », poursuit-il.
Selon lui, pour réduire les coûts, les opérations ont été, par la suite, massifiées. « Les matériaux usés sont retirés immédiatement s’ils sont légers mais pour les plus lourds, les opérations de ramassage se font plus tard. Un train passe pour récupérer en une seule fois l’ensemble des matériaux sur toute la ligne. Cela permet de ne faire circuler qu’un seul train et de mieux remplir les wagons ».
Des coupons de rails sont donc entreposés non loin des voies, mais sans qu’ils représentent un danger pour les circulations. Il est d’ailleurs impossible pour une personne seule de les porter, précise le représentant de l’Unsa-Ferroviaire.
Selon lui, cela ne concerne que les chantiers de maintenance. SNCF Réseau demande à ses sous-traitants d’évacuer tous les matériaux immédiatement après la fin d’un chantier de travaux.
Thomas Cavel, secrétaire général de la CFDT Cheminots
« C’est un enjeu de transparence et de juste connaissance »
Vous inquiétez-vous de l’état du réseau ferroviaire?
Nous sommes prudents sur ce sujet. Il faut raison garder, le réseau ferroviaire est sûr en France. Mais il pouvait y avoir des questionnements dans le corps social. Il faut rétablir la confiance de tous les cheminots. C’est pourquoi nous avons demandé un audit sur l’état du réseau.
Nous avons aussi obtenu un plan d’action sur le recensement et le ramassage des coupons de rail. C’est un enjeu de transparence et de juste connaissance.
Notre demande d’un retour d’expérience sur les impacts climatiques a également été entendue. Ce qui est nouveau, c’est l’accélération du phénomène. Il faut l’anticiper non seulement pour les voies mais aussi pour les ouvrages d’art. Nous voulons avoir des perspectives.
Pour l’anticiper, il faut des moyens…
Le sujet, c’est effectivement la régénération du réseau et la nécessité de le financer. Cela renvoie aux questions sur le projet de loi-cadre sur le financement des transports. On voit bien que cela ne figure pas dans les priorités du calendrier parlementaire. Les vraies réponses ne pourront être apportées que par la loi de programmation qui doit suivre. Actuellement, dans les débats budgétaires on voit avant tout des tentatives de rabot…