
A l’occasion de son assemblée générale mercredi 16 septembre à Lyon, le Comité pour la Transalpine a fait un point sur l’avancée du plus gros chantier d’Europe et sur les prochaines échéances.
Dans son mot d’accueil, Pierre-Olivier Boyer, président de la Commission Aménagement du territoire de la CCI de région Auvergne-Rhône-Alpes, a résumé le principal écueil du Lyon-Turin : « Un tunnel ne crée pas à lui seul un corridor économique. La réalisation des accès français et du CFAL (Contournement ferroviaire de l’agglomération lyonnaise) est une préoccupation majeure ». Même tonalité du côté de la co-présidente de la Commission intergouvernementale (CIG) pour le Lyon-Turin. « Le projet ne s’entend que dans sa globalité, avec le tunnel bitube sous les Alpes et des accès français et italiens, pour apporter la performance et la capacité attendues », a renchéri Josiane Beaud.
Les acteurs du projet rappellent qu’un million de poids lourds, sur les trois millions qui traversent chaque année la frontière franco-italienne, pourraient basculer de la route vers le rail. À la clé un million de tonnes de CO2 économisées, sans compter le gain de temps pour les 5 millions de voyageurs transportés par an.
Mais, à ce jour, il n’y a aucune visibilité sur la programmation de la phase travaux et sur le calendrier de mise en service de la section française. Le scénario dit grand gabarit prévoit la construction de 120 kilomètres de lignes nouvelles entre Lyon et Saint-Jean-de-Maurienne, dont 60 % en tunnels, pour un montant estimé à 7,2 Md€.
Trouver les financements pour les travaux de la section française
SNCF Réseau, maître d’ouvrage de la section française, a démarré en 2025 les études d’Avant-Projet Détaillé, grâce à un financement de 164 M€ de l’Etat, de l’Union Européenne et de sept collectivités locales. Le gestionnaire des infrastructures livrera ses premières conclusions en 2028. Ensuite, il faudra proroger la DUP (Déclaration d’utilité publique) et surtout trouver des financements pour continuer les études, et notamment la réalisation des ouvrages de reconnaissance, puis lancer les travaux.
Mais les caisses de l’Etat sont vides et le soutien européen ne suffira pas, même si l’Europe, qui a qualifié la liaison Lyon-Turin de priorité absolue, pourrait cofinancer jusqu’à 50 % les accès français. « Il faudra faire l’effort de chercher d’autres contributions financières, peut-être auprès du monde économique », a suggéré Mathieu Grosch, le coordinateur européen du corridor méditerranéen.
Vincent de Rivaz, président du Comité pour la Transalpine, a appelé à faire preuve de « créativité financière » et a rejeté la solution de modernisation de la ligne historique Dijon-Modane qui ne permet pas de développer le fret ferroviaire ni d’améliorer les mobilités du quotidien dans le cadre de la mise en œuvre des SERM (Service express régional métropolitain).
Pour l’heure, le scénario d’un tunnel transfrontalier opérationnel en 2033, mais sans les accès français, paraît inéluctable. Les accès côté français ne pourront sans doute être mis en service que 10 ans voire 15 ans plus tard, Avec les élections présidentielles qui se profilent, les prochains mois seront décisifs pour convaincre les candidats, et donc le futur président, de porter le projet afin de ne pas accumuler encore davantage de retard.
30 % de la section transfrontalière réalisée
Sur la section transfrontalière, pilotée par TELT, le chantier avance. « Nous avons réalisé 30 % des travaux et creusé 22 des 115 kilomètres de tunnel », fait savoir Daniel Bursaux, président de TELT. Mais le plus long tunnel ferroviaire du monde donne du fil à retordre aux équipes sur le terrain. « Le défi géologique est important car la montagne est un terrain difficile et complexe qui amène d’inévitables aléas. Le tunnelier Viviana a été confronté à des difficultés, mais c’était prévu », affirme Daniel Bursaux.
Selon lui, le chantier va s’accélérer avec, à terme, sept tunneliers en action qui permettront de creuser une centaine de mètres par jour, en complément de l’excavation traditionnelle à l’explosif et au brise-roche. Sur le plan environnemental, le président de TELT s’est voulu rassurant. « La protection des ressources naturelles est une priorité et nous avons 130 points de surveillance de l’eau. La gestion des matériaux excavés fait aussi partie des priorités en privilégiant le réemploi et la valorisation », a-t-il affirmé.








