Il s’appelle REM – prononcer « rème » – pour Réseau express métropolitain et doit être le projet majeur des prochaines années dans le domaine des transports publics à Montréal. Son premier tronçon devrait entrer en service commercial à l’été 2021 et lorsqu’il sera achevé, le REM constituera l’un des métros automatiques les plus étendus au monde, avec 67 km de lignes et 26 stations, dépassé seulement par le réseau de Dubaï et le SkyTrain de Vancouver. Le centre-ville de Montréal, où des correspondances seront offertes avec le métro et les trains de banlieue, sera alors relié d’un côté avec la Rive-Sud. De l’autre côté, au-delà du Mont-Royal, trois branches partiront vers la Rive-Nord, l’Ouest-de-l’Ile et l’aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau. Sur ces trois branches, celle vers Deux-Montagnes reprend le tracé de la ligne de banlieue du même nom, ainsi que son tunnel sous le Mont-Royal, le reste du parcours étant majoritairement aérien.
Pour réaliser, équiper et exploiter un tel réseau, CDPQ Infra, la filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec qui a financé et défini ce projet, a procédé à deux appels d’offres, l’un pour l’ingénierie, l’approvisionnement et la construction des infrastructures, l’autre pour le matériel roulant, les systèmes et services d’exploitation et de maintenance. Les noms des entreprises retenues circulaient déjà depuis plusieurs semaines, mais depuis la signature intervenue le 12 avril, en même temps que la première pelletée de terre symbolique (photo), ils sont officiels. SNC-Lavalin grands projets, Dragados Canada, Groupe Aecon Québec, Pomerleau et EBC, ainsi que SNC-Lavalin inc. et Aecom consultants ont été choisis pour le premier contrat, alors que le groupe des Partenaires pour la Mobilité des Montréalais (PMM), un consortium créé avec SNC-Lavalin et dirigé par Alstom, a remporté le second. « C’est la première fois dans l’histoire du transport public qu’un projet d’une telle ampleur est attribué en moins de deux ans », rappelle Jérôme Wallut, vice-président senior d’Alstom pour l’Amérique du Nord.
Ce deuxième contrat couvre la fourniture d’un système complet de métro léger automatique et sans conducteur (GoA4), qui comprend le matériel roulant et la signalisation ainsi que les services d’exploitation et de maintenance. Le contrat total s’élève à environ 2,8 milliards de dollars canadiens (1,8 milliard d’euros), dont 2,2 milliards de dollars canadiens (1,4 milliard d’euros) pour Alstom, producteur des 212 voitures de métro de type Metropolis (106 rames de deux voitures), du CBTC (contrôle de trains basé sur la communication) Urbalis 400 et du centre de contrôle Iconis à fournir par PMM. Ce groupe fournira aussi les portes palières et le Wi-Fi, ainsi que 30 ans de services d’exploitation et de maintenance. Le groupe PMM est également chargé des essais d’intégration des trains et du système complet, ainsi que de l’équipement des dépôts pour la maintenance des trains.
« C’est une confirmation de notre compétence de systémier, qui nous permet d’entrer sur un marché québécois et canadien en pleine croissance », souligne Jérôme Wallut, qui précise qu’Alstom « capitalise sur l’expérience des métros de Riyad et Panama », et ajoute que les rames du REM seront « winterisées ». Quant à l’autre membre du groupe, SNC-Lavalin, il est déjà présent sur le SkyTrain de Vancouver depuis les années 1980. Durant la phase de construction et la période d’exploitation et de maintenance de 30 ans, « le Groupe PMM créera de nouveaux emplois permanents de qualité dans le secteur technologique », indique Alstom, « notamment des postes de spécialistes des systèmes automatisés, de mécaniciens de matériel roulant, de régulateurs de centres de contrôle, d’opérateurs de maintenance et de spécialistes des systèmes de contrôle ». Durant toutes ces phases, l’emploi local devrait être favorisé avec « 250 emplois directs à long terme au Québec et 350 emplois locaux pendant la période la plus chargée », selon Jérôme Wallut, d’autant plus que « 67 % des investissements seront effectués au Québec » selon le groupe PMM. « La production locale exigée est de l’ordre de 25 % au Québec », rappelle le vice-président senior d’Alstom pour l’Amérique du Nord. Si l’on est ici largement au-dessus, c’est en grande partie parce que nombre de tâches du contrat ne peuvent pas être effectuées ailleurs ! En revanche, la décision d’attribuer la construction des trains à Alstom a fait grincer des dents au pays d’origine de Bombardier. D’autant plus que les journaux québécois soulignent que les voitures seront produites en Inde, ce qu’a confirmé Henri Poupart-Lafarge lors d’une conférence de presse.
Mais l’emploi local devrait être gagnant à terme, du moins l’emploi qualifié. En effet, le REM doit amener l’implantation à Montréal d’un Centre d’expertise mondial d’Alstom dans la recherche et le développement des systèmes intégrés de contrôle en mobilité urbaine, regroupant environ 100 professionnels « qui auront pour mission de faire avancer notre expertise en s’appuyant sur le savoir-faire montréalais en technologies numériques avancées et en intelligence artificielle », ajoute l’industriel. « C’est dans ce centre que seront développées les technologies de pointe qui serviront à de nombreux projets d’Alstom à travers le monde. »
Ceci alors qu’Alstom emploie déjà plus de 400 personnes sur ses sites canadiens de Montréal, Sorel-Tracy, Toronto et Ottawa, avec des projets en cours comme les nouvelles rames de métro Azur pour la Société de transport de Montréal (STM) avec Bombardier ou les tramways Citadis Spirit pour Toronto et Ottawa côté matériel roulant. Alstom fournit également les nouveaux centres de contrôle pour la STM et GO Transit (Toronto), d’une nouvelle signalisation pour l’Union Station de Toronto, d’un CBTC Urbalis pour la ligne 1 de la Commission de transport de Toronto (TTC), ainsi que d’une solution complète de signalisation pour le tramway de Waterloo. De plus, les sites canadiens d’Alstom travaillent également pour l’exportation : spécialisé dans les bogies, le site de Sorel-Tracy produit également pour des projets au Chili et aux Etats-Unis.
Et si l’on ajoute le projet REM, « Alstom a atteint une taille critique au Canada, avec de nombreux ingénieurs de haute qualité », juge Jérôme Wallut, qui ajoute que « la ville de Montréal a une stratégie de développement digital », où la solution de supervision multimodale Mastria proposée par Alstom trouverait toute sa place. « Alstom est durablement canadien », conclut le vice-président senior d’Alstom pour l’Amérique du Nord, pouvant fournir « toute la gamme » de ce que demandent les transports publics américains, marché où « les projets se réalisent rapidement ».
Patrick LAVAL