La poignée de centimètres qui freinent encore SNCF en Italie
Le mois de mars avait bien commencé pour SNCF Italia. La filiale du groupe français, qui espère lancer un service à grande vitesse en Italie en septembre 2027, a enfin obtenu, le 6 mars, les sillons attendus au terme de plusieurs mois de bataille juridique. Mais les obstacles continuent de se dresser sur son chemin. Le dernier en date concerne le matériel que la compagnie française prévoit de mettre en service en Italie pour assurer ses deux premiers services : Turin-Venise et Turin-Rome, via Milan. Ce TGV-M, train à deux étages, construit par Alstom, est trop haut pour les voies qu’il pourrait emprunter en cas de problème sur le réseau à grande vitesse. Les voitures du TGV-M atteignent 4,32 mètres, contre 4 mètres pour celles du Frecciarossa de Trenialia. Selon le gestionnaire du réseau transalpin, Rete Ferroviaria Italiana (RFI), le réseau de lignes ferroviaires dites classiques et surtout, leurs 1100 tunnels, ne supporteraient pas cet écart. Or, en cas d’urgence ou de panne, une déviation sur une ligne conventionnelle n’est pas exclue.
Une version 2026 de règles d’accès au réseau italien
La question de la compatibilité de train comme le TGV-M avait été soulevée par RFI dans la version 2026 du document qui définit les règles d’accès au réseau italien. L’Autorité de régulation des transports (ART) s’en était saisie et avait estimé qu’aucune loi nationale ou européenne n’imposait une telle exigence et qu’une telle condition pourrait limiter la concurrence sur le marché ferroviaire. L’affaire a ensuite été portée devant les tribunaux, RFI ayant interjeté appel de la décision de l’ART devant le tribunal administratif régional du Piémont. L’opérateur Italo a également déposé un recours. Les juges piémontais se sont rangés du côté des appelants, arguant que la décision de l’Autorité « n’était pas suffisamment motivée ». La question n’est pas tranchée.
Pour obtenir ses sillons, SNCF Italia avait dû attendre que l’autorité italienne de la concurrence se saisisse du dossier, mène une investigation et rende une décision « déterminante pour l’avenir de la grande vitesse italienne« , exigeant de Rete Ferroviaria Italiana (RFI) qu’elle lui propose au moins 18 sillons quotidiens. Ces créneaux d’autorisation de circulation sur le réseau, avec des horaires à préciser, seront disponibles pendant dix ans, un temps nécessaire à la stabilisation de son offre.
L’infraction « d’abus de position dominante », n’a pas été retenue contre le gestionnaire RFI, qui a cependant été sommé « de rendre l’entrée du nouvel opérateur sur le marché efficace et durable ». Une décision que Trenitalia n’a pas manqué de critiquer, relevant « le caractère punitif » à l’égard de l’opérateur historique.
Pas assez de sillons
Deuxième concurrente de Trenitalia après Italo (détenue à 50% par l’armateur MSC), SNCF Voyageurs juge que le nombre de sillons qui lui a été accordé n’est pas suffisant pour réaliser son plan industriel, qui prévoit un total de 13 allers-retours quotidiens. « Sans ce niveau minimal d’activité, la société ne dispose pas des conditions nécessaires pour justifier l’investissement et poursuivre ses opérations », a souligné SNCF Voyageurs, en demandant « la mise en oeuvre rapide » d’engagements supplémentaires, ainsi que « la certitude de pouvoir accéder aux installations de maintenance en Italie et d’obtenir l’homologation des trains ».
SNCF Voyageurs avait annoncé en 2024 viser 15% du marché italien de la grande vitesse d’ici une décennie et transporter dix millions de passagers par an entre Turin, Milan, Rome, Naples et Venise. Il y a un an, le trafic entre Paris et Milan avait repris après 19 mois d’interruption.
Publié le 11/03/2026 - Marie-Hélène Poingt