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Ewa

L’ancien responsable du transport intermodal d’Amazon rejoint CargoBeamer

Boris Timm CargoBeamer

Boris Timm a été nommé début mars directeur de l’exploitation de CargoBeamer et devient membre du Comité de direction. Il était auparavant directeur du transport intermodal Europe chez Amazon, après avoir occupé pendant plusieurs années différents postes de direction chez Maersk.

L’arrivée de ce responsable logistique expérimenté chez l’opérateur de transport non-accompagné de semi-remorques non grutables en Europe se traduit par l’élargissement de l’équipe de direction, qui passe de trois à quatre membres. Il rejoint ainsi l’équipe existante formée par Nicolas Albrecht (PDG), Dr. Markus E. Fischer (directeur financier) et Dr. Hans-Jürgen Weidemann (directeur de la technologie). Boris Timm est plus particulièrement chargé du développement opérationnel et commercial de l’offre, avec l’ambition de faire de CargoBeamer « l’un des acteurs majeurs du fret ferroviaire européen« .

Deux nouveaux dirigeants, Tim Krasowka et Mario Glöckner, ont également été engagés. Tim Krasowka, ancien de la Deutsche Bahn qui connaît bien le fret ferroviaire européen prend la direction de CargoBeamer intermodal operations GmbH, tandis que Mario Glöckner, également un expert, prend la tête de CargoBeamer Terminal GmbH devenant responsable de la distribution et de la gestion de la clientèle.

 

 

Ewa

Patrick Auvrèle, futur directeur de la Sécurité de SNCF Voyageurs

Patrick Auvrèle
Succédant à Damien Pallant, qui vient d’être nommé directeur général adjoint de la Sécurité à SNCF Réseau, Patrick Auvrèle prendra le 21 mars le poste de directeur de la Sécurité de SNCF Voyageurs. Il intègrera également le comité exécutif de la SA.

Cet ingénieur, qui a fait une grande partie de sa carrière à la SNCF, était depuis 2019 directeur de la Business Unit Valorisation patrimoniale à la direction du Matériel. Il était notamment chargé de mener le programme de rénovation à mi-vie du parc TER, baptisé OPTER.

Ewa

La SNCF acquiert la société portugaise de fret ferroviaire Takargo

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Le groupe SNCF a annoncé mi-mars qu’il allait acquérir la société Takargo, filiale du groupe portugais Mota-Engil, en l’intégrant au réseau Captrain, acteur du transport ferroviaire et de la logistique en Europe au sein de Rail Logistics Europe (le pôle du Groupe SNCF dédié à la logistique et au transport ferroviaires de marchandises).

Créée en 2006 lors de la libéralisation du marché du fret ferroviaire, la société Takargo est devenue le premier opérateur privé de fret ferroviaire au Portugal, réalisant en 2021 un chiffre d’affaire de 16 M€, avec plus d’une centaine de salariés, rappelle la SNCF. « Dans le cadre de sa stratégie de développement, la société a étendu ses opérations aux trafics transfrontaliers avec l’Espagne en 2009 avec la constitution d’Ibercargo, une JV détenue avec Captrain España qui a développé une position forte sur le corridor Espagne-Portugal » ajoute-t-elle.

Selon Frédéric Delorme, le président de Rail Logistics Europe, avec cette acquisition, « Captrain entend poursuivre le développement de son réseau et renforcer sa position dans la péninsule ibérique en capitalisant sur un partenariat fructueux de 13 ans entre la société portugaise et Captrain España. Takargo nous permettra également d’accompagner le besoin de solutions décarbonées sur le corridor Atlantique pour les trafics conventionnels et combinés de nos clients ».

Cette acquisition doit encore obtenir l’approbation des Autorités de la Concurrence.

Ewa

Le conseil d’orientation des infrastructures appelle le gouvernement à « surmonter un mur d’investissement »

David Valence

Encore un rapport qui insiste sur la nécessité de faire plus pour les transports collectifs et d’engager plus de moyens pour rénover les infrastructures existantes, en particulier les voies ferrées. Tout juste un an après sa création, le conseil d’orientation des infrastructures a en effet remis le 16 mars au gouvernement son rapport sur le « bilan et perspectives des investissements pour les transports et les mobilités« .

Comme l’instance qui lui a précédé et qui était présidée par Philippe Duron, le nouveau conseil d’orientation des infrastructures présidé par David Valence a défini les priorités : il faut, écrit-il des investissements massifs dans le secteur ferroviaire « pour se remettre au niveau des autres pays européens ». Dans sa liste, le COI, qui rassemble 17 membres (dont le président de la FNTP, celui de l’Afitf, des élus et des experts), place en priorité l’accélération de la régénération du réseau ferroviaire, de la commande centralisée du réseau, et du développement d’ERTMS et de la 5G.

La nécessaire modernisation des autres infrastructures n’est pas oubliée : les routes (faute de quoi, avertissait déjà il y a quelques années Philippe Duron, le réseau routier se retrouvera dans la même situation que les voies ferrées), les ports et les voies navigables « Il convient d’intégrer aux réflexions les transferts rendus possibles par la loi 3DS et la perspective dans dix ans de la fin des concessions autoroutières en cours« , ajoute le rapport.

« Nous avons devant nous un véritable mur d’investissement, qui préfigure un mur de fonctionnement et il va bien falloir trouver collectivement les moyens de surmonter ces défis pour répondre aux multiples enjeux qui nous attendent, » résume David Valence. « La France a sans doute considéré avec trop de certitude durant les années passées que ses infrastructures étaient de qualité, TGV et autoroutes ont masqué la réalité : la France est en retard, très en retard« , poursuit celui qui est aussi maire (radical) de Saint-Dié-des-Vosges et vice-président chargé des Transports de Grand Est.

Au moins 200 milliards d’euros d’investissements sur dix ans

Même si les auteurs du rapport reconnaissent que les investissements dans les infrastructures de transport ont bien augmenté ces dernières années en partie grâce aux crédits du plan de relance, la dégradation de l’état des routes, des voies d’eau et du réseau ferré n’a été que ralentie. « Les attentes exprimées par les interlocuteurs rencontrés par le COI – hors tout jugement sur leur faisabilité ou leur pertinence – représenteraient plus de 200 Md€ d’engagements d’investissement en dix ans« , estiment-ils. Ce qui représente, dès le prochain quinquennat des sommes supérieures d’au moins 50% au quinquennat actuel (y compris la relance), et largement plus du double du quinquennat précédent. Ultérieurement, les besoins devraient être au moins équivalents.

Le rapport, copieux avec ses plus de 130 pages, préconise d’améliorer la gouvernance de la programmation, en revoyant les relations entre les co-financeurs et les maîtres d’ouvrages. Une vision élargie à l’ensemble des dépenses des collectivités en matière de mobilités, même quand elles ne sont pas subventionnées par l’État, est souhaitable, ajoute-t-il, en précisant le rôle croissant des collectivités locales en la marière

Pour définir cette programmation à venir, le COI propose trois scénarios sur 20 ans allant d’un scénario minimal à un scénario maximal (c’est aussi ce qu’avait fait en son temps le conseil d’orientation des infrastructures, ancienne mouture). Toutefois, il ne les chiffre pas revoyant cet exercice à une date ultérieure, « dès que le prochain gouvernement aura explicité ses objectifs (priorités et cadrage financier)« , explique-t-il.

Trois scénarios possibles

Le premier, baptisé scénario socle, rassemble « un noyau dur de thématiques fortement consensuelles » et pour lequel le COI proposera au prochain gouvernement de confirmer qu’elles constituent des priorités. Il comprend en particulier tout ce qui a une dimension patrimoniale et doit être renouvelé ou modernisé : poursuite des investissements sur les réseaux existants, modernisation du réseau ferroviaire, désaturation des points noirs… Il faut aussi continuer à soutenir le fret ferroviaire et favoriser l’intermodalité.  Les nouvelles mobilités ne sont pas oubliées, pas plus que les objectifs à tenir pour respecter nos engagements climatiques (équipements de recharge électrique par exemple). Ce scénario devra sélectionner « de façon serrée les projets apportant le plus de valeur ajoutée » en « étalant sur de longues durées » la réalisation des nouvelles lignes ferroviaires. Deux autres scénarios « gradués« , et plus ambitieux, baptisés respectivement scénario sélectif et scénario maximal, seront également proposés.

Pour aller plus loin, il faudra aussi attendre de connaître la nouvelle composition du conseil d’orientation des infrastructures puisque trois de ses membres, des députés, verront leurs mandats remis en question avec les futures élections législatives.

Marie-Hélène Poingt

Pour lire le rapport : https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/COI_rapport%20bilan_perspectives_2022.pdf

 

Ewa

Qui sont les conseillers transports des candidats à la présidentielle?

Elysee France

Peu présentes au cœur de la campagne présidentielle, les questions liées aux transports et à la mobilité des Français touchent pourtant de multiples aspects de la vie au quotidien, que ce soit sur le plan social, économique ou environnemental. Dans chaque équipe de campagne, des conseillers planchent sur ces thèmes, convaincus de leur importance. Ville, Rail & Transports vous les présente (par ordre alphabétique), avant le grand débat organisé demain, dans ses locaux, sur les programmes transport des principaux candidats (pour en savoir plus : https://www.ville-rail-transports.com/club-vrt/club-vrt-special-election-presidentielle/) .

Jacques Baudrier, 55 ans, est un spécialiste des transports en Ile-de-France et l’un des animateurs du collectif transports et mobilité du PCF, auquel il a adhéré en 1994. Cet ingénieur statisticien passé par l’Ensae et l’Essec a été adjoint à l’urbanisme du 20e arrondissement de Paris où il vit à partir de 2008, avant de devenir administrateur d’Ile-de-France Mobilités en 2014. Il participe à la campagne de Fabien Roussel sur ses thèmes de prédilection.

Franck Briffaut, maire de Villers-Cotterêts depuis 2014, ancien conseiller régional de Picardie et ancien conseiller départemental de l’Aisne de 2015 à 2021. C’est le « référent Aménagement du territoire et transports » dans le cadre de la campagne présidentielle de Marine Le Pen. Membre du FN puis du RN depuis 1977, aujourd’hui âgé de 64 ans, il se dit très intéressé par les questions transports, notamment la voie d’eau et le ferroviaire, plaidant pour une « véritable politique d’aménagement du territoire ».

Vincent Chriqui, 50 ans, travaille avec Frédéric Lemoine à la coordination du projet présidentiel de Valérie Pécresse. Maire LR de Bourgoin-Jallieu depuis 2014, il avait également dirigé la campagne présidentielle de François Fillon en 2017 après la démission de Patrick Stefanini. Les deux coordinateurs peuvent compter sur l’appui d’une vingtaine de groupes de travail, dont l’un, consacré au développement durable est chapeauté par Stéphane Dupré Latour.

Paulin Dementhon, Fabienne Keller et Jean-Marc Zulesi sont les trois « relais » qui travaillent sur les questions transports pour l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron. Le premier est un nouveau venu dans le monde politique, fondateur en 2010 d’une start-up, la société d’autopartage Drivy revendue neuf ans plus tard à l’américain Getaround. A ses côtés, le député LREM des Bouches du Rhône Jean-Marc Zulesi, spécialiste des transports, qui est notamment coordinateur du groupe LREM sein de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire, et l’eurodéputée Fabienne Keller, polytechnicienne, ancienne maire de Strasbourg, auteur de rapports sur les gares et également fine connaisseuse du secteur.

Vincent Dubail, 31 ans, « militant écolo », est ingénieur des travaux publics de l’Etat. Elu d’opposition à Puteaux, il a été candidat malheureux aux législatives en 2017 dans les Hauts-de-Seine. Il coordonne la partie du programme de Yannick Jadot concernant l’énergie, l’habitat et les déplacements.

Emilie Marche est coanimatrice du livret transports du programme l’Avenir en commun de la France Insoumise « pour des transports écologiques et accessibles », avec le syndicaliste cheminot Kevin Kijko. A 36 ans, elle s’est investie dès 2012 dans le Parti de Gauche et a fait la première campagne de Jean-Luc Mélenchon. Cette conseillère régionale en Auvergne-Rhône-Alpes s’est beaucoup investie dans les luttes ferroviaires notamment pour la réouverture de la ligne Grenoble – Gap mais aussi auprès du monde cheminot contre l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire.

Nicolas Mayer-Rossignol, porte-parole d’Anne Hidalgo, est également maire de Rouen (Seine-Maritime) et président de la Métropole Rouen Normandie. Agé de 44 ans, il a été élu il y a deux ans. Formé en biologie moléculaire à l’Ecole normale supérieure et à l’université Stanford aux Etats-Unis, il est agrégé de Sciences de la vie et de la terre et titulaire d’un master en génomique. Il est également ingénieur du corps des Mines. Dans son programme électoral pour les municipales, il affirmait vouloir faire de Rouen une « capitale européenne de la transition écologique » et agir pour que la ville devienne notamment « la ville aux 100 jardins ».

Malgré plusieurs tentatives, l’équipe d’Eric Zemmour n’a pas donné suite à notre invitation à participer à un débat sur les transports. Un de ses conseillers sur la thématique transports et mobilité, a été auditionné par la Fnaut pour connaître les différentes propositions des candidats dans ce domaine.

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Olivier Poncelet, appelé à devenir délégué général de l’Union TLF

Olivier Poncelet

Depuis 2018 délégué général de la fédération « Les acteurs de la compétence », organisation regroupant les entreprises de la formation professionnelle, Olivier Poncelet prendra, le 19 avril prochain, le poste de délégué général de l’Union TAF. Ce diplômé de Sciences Po Paris, également membre du conseil d’administration du Cedap (Centre des dirigeants d’association professionnelle) succède à Alexis Degouy. Il aura tout particulièrement pour mission de chercher à renforcer la compétitivité logistique des entreprises adhérentes (plus de 1 750 entreprises) de l’organisation professionnelle du transport et de la logistique.

Ewa

Les Héros du fer. Une interview exclusive de Oleksandr Pertsovskyi, PDG des Chemins de fer ukrainiens- Voyageurs

Oleksandr Pertsovskyi, PDG des chemins de fer ukrainiens

Le patron de la branche voyageurs des Chemins de fer ukrainiens Oleksandr Pertsovskyi, a accordé la nuit dernière par Skype une interview à Ville, Rail & Transports (*voir la vidéo ci-dessous). Parti de chez lui le premier jour de l’invasion pour ne plus y revenir, le jeune dirigeant (36 ans) rappelle que le train est le seul moyen d’évacuation des réfugiés qu’il veut acheminer « jusqu’au dernier moment ». Et salue le courage des cheminots qui prennent chaque jour d’énormes risques. Déjà 26 d’entre eux ont perdu la vie.

Ville, Rail & Transports. Dans quel état se trouve le réseau ferré ukrainien aujourd’hui ? Quelles parties du territoire ne pouvez-vous plus desservir ?

Oleksandr Pertsovskyi. Actuellement, 90 % du réseau ferré est intact malgré quelques ponts détruits. Cinq ou six grandes gares ne sont plus accessibles, comme celle de Marioupol ou de Mykolaïv. Mais nous pouvons contourner les voies et équipements endommagés grâce à des routes alternatives. Dans ce cas, les réfugiés montent dans des bus qui les conduisent dans des gares accessibles.

Il y a deux axes majeurs, un vers l’Est (vers la Russie et la Biélorussie) et l’autre vers l’Ouest. L’axe Est n’est plus accessible : il n’est plus sous contrôle ukrainien et nous n’y avons plus accès. L’axe Ouest en revanche fonctionne. Mais il est attaqué sur plusieurs fronts, venant des zones Nord, Est et Sud. La partie Ouest se fait progressivement encercler.

VRT. Combien de réfugiés avez-vous déjà transporté ?

O. P. Au 11 mars, nous aurons transporté deux millions de personnes. Ce chiffre reste approximatif car en ce moment nos trains transportent quatre à cinq fois plus que leur capacité. Comme nous avons arrêté notre système de billetterie, nous embarquons autant de personnes que possible sur les trains. Nous faisons un gros compromis sur la sécurité…

Les trains sont pleins dans un sens. Dans l’autre sens, ils sont remplis de vivres et de matériels.

VRT. Combien de cheminots travaillent pour faire fonctionner les chemins de fer ?

O. P. Nous sommes le premier employeur du pays avec 230 000 cheminots. 70 à 80 % travaillent au niveau opérationnel et sont sur le terrain. Et tous restent en contact avec l’entreprise. Ils aident à protéger le matériel, à l’entretenir et à garder les dépôts en état de marche.

Certains cheminots ont quitté leur ville, beaucoup sont partis de l’Est du pays pour aller à l’Ouest. Et, de là où ils sont, ils essaient de contribuer au fonctionnement de l’entreprise. Dans leur majorité, ils restent très actifs.

VRT. Avez-vous perdu beaucoup de matériel roulant ? Dans quel état se trouve-t-il ?

O. P. Le matériel roulant qui était proche de la frontière biélorusse a été attaqué car une réserve de fioul se trouve à côté. En attaquant cette réserve au début du conflit, les Russes ont détruit des trains et le dépôt a été endommagé. Des trains ont déraillé.

Au nord de Marioupol, des trains attendaient, prêts à évacuer des réfugiés. Mais ils ne pouvaient pas partir, tellement les bombardements étaient intensifs. Et le réseau a été endommagé. Fort heureusement, personne n’est mort dans l’attaque.

Nous avons tout de même réussi à acheminer du matériel roulant là-bas pour évacuer des gens vers Kiev. Aujourd’hui, on attend le cessez-le-feu pour réparer le matériel.

VRT. Dans quel état d’esprit êtes-vous ? Et quel est celui des cheminots ?

O. P. Chaque jour, nous nous livrons à un véritable numéro d’équilibriste. Nous espérons pouvoir évacuer les réfugiés jusqu’au dernier moment.

Lors des attaques, il y a toujours un risque d’encerclement de la rame, de la ville, ou de destruction de l’infrastructure. A chaque fois, le risque est fort de voir le train et nos personnels rester coincés… Malgré toute la coordination mise en place avec les militaires et malgré la data, nous ne sommes jamais totalement sûrs de pouvoir partir.

Comme le train est le seul moyen d’évacuation, nous faisons tout pour protéger les équipes et les réfugiés. Nous sommes tout le temps sous la pression des autorités locales, mais nous préférons retarder les trains pour être sûrs de les faire passer en sécurité.

Je suis fier du courage des conducteurs, des agents de bord, des personnels de l’infrastructure et de la maintenance. Tout le monde prend d’énormes risques.

VRT. Y a-t-il eu beaucoup de victimes parmi les cheminots ?

O. P. Vingt-six cheminots sont morts en travaillant ou en dehors de leur travail. Pour aider les employés, pour les encourager, nous sommes aussi sur le « front », pour être avec eux, à leur côté, pour leur montrer que personne n’est assis derrière son bureau. Nous sommes toujours en mouvement.

Nous avons mis en place des protocoles pour assurer la sécurité de l’infrastructure. Des ingénieurs vérifient la stabilité du réseau. En temps normal, les trains peuvent rouler jusqu’à 160 km/h. Nous avons instauré des limitations de vitesse : 60 km/h dans les régions les plus attaquées, et 80 km/h dans les régions moins exposées. Cela rend la gestion des horaires très complexe mais réduit le risque au maximum.

VRT. Qu’est-ce qui vous tient debout ?

O. P. Les gens sont forts, il y a beaucoup de résilience. Très peu d’agents ont disparu. L’immense majorité est restée à son poste et continue à être active pour faire tourner les trains. Chacun à sa façon, cela peut être de chercher à assurer la sécurité, en étant dans les gares qui sont bondées…

Beaucoup de monde cherche à quitter les villes bombardées, se rue dans les gares. Un des grands défis est de maintenir la sécurité dans les gares. Il y a des milliers et des milliers de gens qui veulent monter dans les trains. Or, nous sommes limités en nombre pour assurer la sécurité dans les gares, car la priorité de la population est avant tout de défendre la ville. Nous travaillons dans des conditions extrêmement stressantes.

Avant la guerre, nous avions beaucoup travaillé sur le marketing et la satisfaction clients car nos enquêtes montraient que nos passagers nous critiquaient pour nos retards et nos prix. Maintenant, les gens ne payent plus le train, mais ils se montrent solidaires et ils donnent de l’argent pour soutenir l’entreprise… malgré le manque de confort dans les trains !

Ce soutien est une force qui motive les cheminots.

En interne, nous avons mis en place un programme de motivation qui s’appelle « le héros de fer » pour honorer toutes les personnes qui se surpassent ou qui sortent du cadre de leur métier. Ce programme sélectionne jusqu’à une dizaine de cheminots tous les jours : ça peut être un conducteur qui a été dans une zone dangereuse, un agent à bord d’un train ou encore un patron de dépôt.

VRT. Disposez-vous d’assez d’électricité pour le réseau, compte tenu des menaces sur l’énergie nucléaire ?

O. P. La moitié du réseau est électrifiée et la distribution de l’énergie reste gérable. Nous avons eu très peu de pannes de courant jusqu’à présent. Et quand il y en a, nous pouvons utiliser des trains diesel.

Une sorte de rééquilibrage s’est opérée en faveur des trains de voyageurs puisqu’il y a moins de trains de marchandises. Le fret ferroviaire acheminait avant la guerre 800 000 tonnes par jour, il ne représente plus que 200 000 à 250 000 tonnes par jour. Nous pouvons donc récupérer du matériel fret plus puissant pour tracter des trains de passagers.

L’Ukraine n’a pas assez de locomotives. Nous avons d’ailleurs un partenariat avec Alstom qui devait nous livrer du matériel. Nous disons merci à Alstom de s’être dissocié de son partenariat avec la Russie. Cela montre que cette entreprise a une éthique.

VRT. Etiez-vous préparé à ce scénario de guerre ?

O. P. Non, il n’y avait aucune préparation à la guerre. Aujourd’hui, il faut improviser en permanence, savoir s’adapter aux fluctuations des situations. Dans le métier ferroviaire, on prépare les plans de transport une fois par an. Maintenant, il faut le faire quotidiennement, c’est très compliqué. C’est le challenge le plus dur en ce moment, mais ce n’est rien comparé à ce que font ceux qui défendent le pays.

VRT. Plus précisément, quel est votre rôle de manager en cette période ?

O. P. Il faut trouver un équilibre entre gérer la boîte (c’est « business as usual » avec des réunions sur le fonctionnement de la structure) et aller sur le terrain, être toujours en mouvement, se montrer au côté des cheminots et auprès des clients. Il faut faciliter les circulations, aller dans les dépôts, se déplacer au travers du pays. C’est toujours un challenge de pouvoir se déplacer.

L’autre changement, c’est que nous avons donné beaucoup plus de pouvoirs aux équipes régionales pour gérer les circulations et le fonctionnement de l’entreprise. Il y a six régions. Avant la guerre, tout était beaucoup plus centralisé. Désormais, il faut réagir vite et prendre des décisions basées sur chaque situation locale. Le système fonctionne très bien.

VRT. Vous êtes jeune (36 ans, nous avez-vous dit), comment êtes-vous arrivé à la tête de la division voyageurs des chemins de fer ukrainiens ?

O. P. Mon histoire est différente du parcours du cheminot classique. J’ai passé toute ma jeunesse en Ukraine, puis obtenu une bourse pour étudier aux USA, où j’ai étudié la finance. J’ai ensuite travaillé plusieurs années chez DHL sur la logistique.

En 2016, le gouvernement a lancé un appel aux Ukrainiens travaillant à l’étranger pour aider à la transformation du pays. L’objectif était de rendre plus professionnelles les entreprises publiques. J’ai commencé à travailler pour la Poste, le deuxième employeur du pays, et nous avons alors beaucoup travaillé à rendre l’entreprise plus proche de ses clients. Il y a un an et demi, j’ai été invité à reprendre la direction des chemins de fer ukrainiens. Maintenant, la majeure partie de l’équipe dirigeante est composée de jeunes managers qui ont plutôt une formation économique et commerciale. Notre pays cherche à casser les monopoles. Ce qui le différencie de notre voisin à l’Est, qui ne l’accepte pas.

Quand Poutine a annoncé la guerre, il a d’ailleurs affirmé que les organismes d’Etat comme la Poste et les chemins de fer étaient dirigés par des agents de l’Ouest… C’est aussi une de ses raisons pour remettre notre pays dans le droit chemin.

VRT. Quel est votre quotidien et arrivez-vous à voir votre famille ?

O. P. Avec des journées de 18 heures, 19 heures, je n’ai pas le temps de réfléchir… J’ai quitté mon domicile la première nuit de l’attaque et ne suis toujours pas rentré. Je suis tout le temps en mouvement.

J’ai toujours senti que cette invasion allait arriver mais pas à cette échelle. J’avais un bagage avec le strict nécessaire déjà prêt.

Quand la guerre a commencé, j’ai réussi à faire évacuer mes parents qui étaient à l’Est, ainsi que ma fiancée et mon fils, grâce au service ferroviaire. Cela me permet d’être concentré à 100 % sur mon job. Et d’aider les gens.

Quand je pense aux conducteurs de train, aux risques qu’ils prennent pour acheminer des trains à travers le pays, je suis encore plus motivé. C’est pareil pour tout le monde dans l’entreprise.

L’Ukraine avait énormément d’ambitions pacifiques. Le projet pour notre entreprise, c’était la rénovation du matériel roulant, une nouvelle application… Nous avons travaillé jusqu’au dernier moment sur nos projets.

Bien sûr, parallèlement, je réfléchissais à des plans d’urgence au cas où… mais je n’imaginais pas une telle ampleur. Nous avons quand même réussi à anticiper mais, jusqu’au dernier moment, je ne savais pas que ça se passerait ainsi. C’est surréaliste.

VRT. Quelles sont vos relations avec le gouvernement ?

O. P. Nous sommes très proches du gouvernement. Nous travaillons directement avec le ministère des infrastructures qui coordonne tous les réseaux et les différents modes de transport. Par exemple, nous avons ouvert une nouvelle route d’évacuation multimodale. Nous acheminons en train les réfugiés jusqu’à la ville d’Izmaïl. Après, ils voyagent par bateau et remontent le Danube jusqu’en Roumanie.

VRT. Comment coopérez-vous avec les autres entreprises ferroviaires européennes ?

O. P. Nous nous félicitons du partenariat mis en place avec les chemins de fer polonais. Avant la guerre, moins de 1 000 passagers voyageaient chaque jour entre la Pologne et l’Ukraine. Désormais, c’est entre 20 000 et 25 000. Nos amis polonais permettent à un plus grand nombre de trains ukrainiens de rentrer en Pologne et facilitent les procédures. Je peux aussi citer la coopération avec nos amis italiens qui nous donnent des trains médicalisés pour expatrier, sur la frontière ouest, les blessés vers d’autres pays européens.

VRT. Quels messages avez-vous le plus envie de faire passer ?

O. P. Je suis optimiste. Quand j’ai un moment, je réfléchis avec mes équipes à l’après. Le prochain chapitre, ce sera la reconstruction. Une Ukraine prospère dans laquelle le ferroviaire jouera un très grand rôle. Je crois en un très grand réseau ferroviaire européen. J’ai un message à faire passer à l’industrie : un jour ou un autre, ce cauchemar va se terminer. On va reconstruire et inviter les voyageurs enthousiastes ainsi que les experts ferroviaires à travailler avec nous. J’encourage tout le monde à réfléchir à cet avenir pour ouvrir de nouvelles perspectives. Le prix que nous payons, c’est pour que l’Ukraine reste libre et continue à faire partie de l’Europe.

L’autre message, c’est que je veux remercier la communauté internationale ainsi que les compagnies ferroviaires qui ont décidé de nous soutenir et de ne plus opérer dans le pays qui lance cette incroyable agression.

Propos recueillis par Frédéric Demarquette et Marie-Hélène Poingt

Ewa

Christelle Mary, nouvelle directrice du cabinet de Christophe Fanichet

Christelle Mary

Depuis le 1er mars, Christelle Mary a pris le poste de directrice du cabinet de Christophe Fanichet, en remplacement de Lucie Ruat « appelée à d’autres fonctions au sein de l’entreprise », selon un communiqué de SNCF Voyageurs. Elle intègre également le comité exécutif de la SA.

Diplômée de l’ESCP Europe, Christelle Mary a rejoint la SNCF en 2006, après avoir travaillé pour le cabinet Deloitte. Depuis 2018, elle était directrice d’établissement gares Transilien, lignes L et RER A.

Ewa

A Lyon, le Sytral va lancer un appel d’offres séparant l’exploitation des bus et des métros

Lyon tram

Evoqué depuis plusieurs semaines, l’allotissement du réseau de transports en commun lyonnais sera effectif d’ici trois ans. Concédée depuis près de 30 ans à Keolis, sa gestion sera ouverte à la concurrence à partir de 2025. Les élus du Sytral se sont prononcés, jeudi 10 mars, en faveur d’une segmentation en deux lots distincts : le métro et le tramway, d’une part, les bus et trolleybus, d’autre part.

La démarche de sélection débutera dans les prochains jours avec le lancement des appels d’offres à l’échelon européen. Les candidats auront jusqu’au mois d’avril 2023 pour remettre leur offre et les délégataires seront désignés en mars 2024.

Le premier lot, qui concerne 1 290 salariés, comprend également le funiculaire, le Rhônexpress, la gestion des infrastructures, l’informatique, la sécurité et le contrôle des titres. Il sera attribué pour une durée de dix ans (2025-2034). La concession du second lot, qui intéresse 2 850 employés, n’excédera pas une durée de six ans (2025-2030).

Selon Bruno Bernard, président de la Métropole de Lyon et du Sytral, cet allotissement permettra « d’améliorer la qualité du service rendu aux usagers ».

Jacques Donnay

Ewa

La Normandie décide de réduire son offre de TER

Ferroviaire Haute Normandie

Constatant une baisse de fréquentation dans ses trains depuis la crise sanitaire (-21 % fin 2021, – 10 % attendus cette année), la Normandie a annoncé le 10 mars avoir demandé à la SNCF de réduire à partir du 28 mars « le nombre de trains, sur les lignes de et vers Paris, développé depuis 2020 (+22 %) afin de conserver une offre basée sur les fréquentations réelles et équivalente en nombre de trains à celle de 2019 ».

« A ce jour, les trains depuis et vers Paris ont un taux de fréquentation d’en moyenne 46 %, bien en deçà de la valeur d’équilibre du service (60 %) », justifie un communiqué, précisant toutefois que « des échanges avec les associations d’usagers sont toujours en cours avant de finaliser l’offre de transport en détail ».

Il est ainsi prévu de supprimer les trains supplémentaires mis en place depuis 2020 sur les axes Paris – Caen – Cherbourg, Trouville – Deauville, Paris – Rouen – Le Havre et Paris – Vernon – Rouen, en semaine uniquement. Il s’agit de trains qui circulent en pleine journée et en semaine dont la fréquentation est comprise, en moyenne, entre 20 et 30 %.

Pour reconquérir les voyageurs, la région et la SNCF préparent un plan de relance commerciale, avec des offres à petits prix qui seront proposées à partir du printemps et la valorisation des destinations normandes.