Hugo Roncal, directeur général isilines/Eurolines (groupe Transdev)
Ville, Rail & Transports. Quel bilan dressez-vous de l’année déjà écoulée ?
Hugo Roncal. Nous dressons un bilan très positif. D’après les derniers chiffres publiés par l’Arafer, la fréquentation des autocars en France a progressé de 43 % au cours du deuxième trimestre comparé à la même période 2017. Sur cette période, de notre côté, nous enregistrons une croissance de 55 %. Nous avons donc progressé de plus de dix points par rapport à la moyenne du marché.
Alors que nous sommes le plus petit des trois acteurs (avec 20 % de parts de marché), nous avons bénéficié d’une bonne couverture presse pendant cette période de grèves à la SNCF, ce qui nous a donné de la visibilité. Beaucoup de voyageurs ont testé notre service qui a été jugé de façon positive. La grève leur a permis de découvrir un service qu’ils ne connaissaient pas ou auquel ils ne pensaient pas.
La croissance s’est poursuivie même après les grèves. Quand on regarde les chiffres de juillet, août et septembre, nous sommes sur la même hausse annuelle de 50 % par rapport à l’été dernier. Ce sont les mêmes ratios que pendant la grève. Une bonne partie des passagers qui ont voyagé sur nos lignes pendant les grèves sont donc revenus pendant l’été.
VR&T. Comment faites-vous évoluer votre offre ?
H. R. Nous avons lancé beaucoup de lignes à partir du printemps, en complément ou en renfort des autres. Comme ces lancements sont arrivés au moment des grèves, nous avons pu en profiter. Nous avons maintenu la plupart de ces lignes. Celles que nous arrêtons sont souvent des prolongements de lignes mises en place pour la saison estivale. Globalement sur un an, nous avons augmenté notre offre kilométrique de 10 %.
Notre stratégie de « saisonnaliser » l’offre permet de faire croître plus vite le nombre de passagers que les kilomètres. Notre stratégie, ciblée, va être poursuivie : on va continuer à développer une offre moyenne distance et sur les axes les moins bien desservis par le train. Notre but n’est pas de doubler Ouigo là où il est déjà deux fois moins cher que l’autocar.
Nous cherchons à mieux relier les villes moyennes entre elles et à les rapprocher des aéroports. Nous nous positionnons à la fois sur les moyennes distances et sur les routes internationales avec Eurolines. Nous ne sommes pas dans une stratégie de volume. Mais nous allons continuer à lancer encore des lignes pour tester le marché, pour apprendre, tout en gardant un stock de lignes qui ne bougera pas. Ce qui est sûr, c’est qu’on est en train d’agrandir notre réseau.
VR&T. Qu’est-ce qui vous distingue des autres et comment voyez-vous évoluer le marché ?
H. R. Il faut voir isilines comme un complément d’activité et qui représente 15 % de l’activité d’Eurolines. Grâce à Eurolines, nous n’avons pas eu besoin de lancer une nouvelle entreprise pour attaquer le marché français. Nous n’avons donc pas les mêmes contraintes de rentabilité des coûts de structure comme notre concurrent Ouibus. Notre modèle économique est très différent du sien, même si nous investissons beaucoup dans le digital et la sécurité.
A court terme, je ne vois pas de nouveaux entrants. BlaBlaCar a fait quelques tests pendant les grèves mais je ne sais pas s’ils sont concluants. On ne peut pas se lancer qu’avec des liaisons saisonnières. Je pense que nous allons continuer à être trois opérateurs sur le marché.
VR&T. L’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire de voyageurs pourrait-elle avoir un impact sur votre activité ?
H. R. Je ne pense pas que nous serons impactés par l’ouverture à la concurrence dans les TER. Les études de l’Arafer montrent que les TER ont perdu moins de 2 % de ses voyageurs au profit du car. Nous sommes plutôt en train de prendre des parts à la voiture individuelle, au covoiturage et nous suscitons aussi des déplacements qui n’auraient pu se faire sans le car.
VR&T. Quel sera le montant de vos pertes cette année ?
H. R. Nous sommes totalement en ligne avec notre budget pour 2018, voire un peu en avance grâce aux grèves. Ce que je peux vous dire, c’est que 2018 sera bien meilleure que 2017. Nous ne sommes pas loin de l’équilibre. En 2019, je pense qu’isilines devrait y être, ou alors en sera très proche.
Ce qui est important, c’est aussi de regarder les taux de remplissage. Le nôtre est supérieur de 15 à 20 % à celui des autres. Pendant la période de grèves, nous étions entre 75 et 80 % de taux de remplissage. Sur une année complète, on peut l’évaluer à 60 %.
Propos recueillis par Marie-Hélène Poingt