Billettique. Comment unifier les initiatives et favoriser l'intermodalité ?
Les autorités organisatrices veulent prendre en main la distribution des titres de transport sur leur territoire. Mais l’ouverture à la concurrence pose un risque de complexité pour les voyageurs. Comment unifier le système au niveau national et favoriser la multimodalité tout en simplifiant la vie des voyageurs alors que de multiples initiatives sont lancées ? Pour y répondre, Ville Rail & Transports a convié le 19 mars cinq experts lors de sa conférence sur le MaaS.

logistique chez EONA-X, a animé la conférence. © VRT
L’ouverture à la concurrence dans le ferroviaire entraîne une diversification des opérateurs, des canaux de distribution et des modèles économiques. Il est cependant essentiel de ne pas confronter le voyageur à toute cette complexité, au risque de le perdre ! « L’enjeu consiste à rendre invisible pour le voyageur une chaîne de valeur fragmentée, combinant plusieurs offres pour répondre à un besoin de déplacement de bout en bout », lance Basile Bonnier, responsable de la relation client de la société Wiremind. Pour simplifier cette complexité, l’État a justement choisi fin 2025 Wiremind, associé à Sopra-Steria, pour unifier la billetterie des trains d’équilibre du territoire (TET), actuellement opérée par la SNCF sous la marque Intercités.
Une rupture avec le modèle historique
Wiremind va concevoir, déployer et exploiter le gestionnaire de l’inventaire, de la tarification et de l’exposition des données (Gite), dont le déploiement débutera au second semestre 2026. Au moment du transfert des lignes Nantes-Lyon et Nantes-Bordeaux à SNCF Océan. Le système sera ensuite étendu à l’ensemble des TET, dont les lots suivants doivent être ouverts à la concurrence d’ici à 2030.
« Ce nouveau dispositif marque une rupture avec le modèle historique centré sur un opérateur unique en créant une infrastructure nationale unifiée permettant la coexistence de plusieurs opérateurs concurrents, tout en assurant une exposition cohérente de l’offre aux distributeurs et aux voyageurs », poursuit Basile Bonnier. Le système repose sur une logique de mutualisation partielle, comparable à une « colocation », avec des espaces dédiés à chaque acteur et des services communs facilitant l’interopérabilité. « Le projet Gite doit également assurer la gestion des correspondances, l’unification de l’affichage des offres et la compatibilité multicanale, dans un cadre réglementaire contraint et sans centralisation des données personnelles », précise-t-il, en insistant sur le choix d’un standard robuste, ouvert et évolutif « évitant toute dépendance structurelle à un fournisseur unique ».
Au-delà des aspects techniques, il insiste sur la dimension organisationnelle et politique du projet. Le principal défi réside dans l’alignement des acteurs sur leurs rôles et la gouvernance du système. « L’intermodalité ne se décrète pas, elle s’orchestre dans un système clair », résume-t-il.
Repositionnement

L’ouverture à la concurrence oblige également l’opérateur historique à se repositionner. Selma Harri, responsable Développement collectivités de SNCF Connect & Tech, rappelle que la filiale numérique de SNCF Voyageurs a développé son offre « Tesmo » à l’attention des collectivités qui souhaitent reprendre en main leurs outils de distribution. Positionné à la fois comme fournisseur de services numériques et éditeur de solutions, Tesmo couvre l’ensemble de la chaîne de valeur de la mobilité, de l’information voyageurs en temps réel à la billetique, en passant par la distribution et la relation client. « Ce positionnement exclut toute captation directe de la relation usager. Il fournit aux collectivités un socle technique neutre et ouvert permettant d’intégrer leurs écosystèmes, notamment en matière de comptes mobilité, d’offres tarifaires et de gestion des recettes », insiste-t-elle.
« La
feuille de route engagée depuis plusieurs années a permis d’atteindre un haut niveau d’intégration digitale, avec 80 % des réseaux urbains de Nouvelle-Aquitaine accessibles via l’application, ainsi que l’ensemble des cars régionaux et une première intégration de deux titres TER, à la fois abonnements et titres occasionnels
— Jérôme Kravetz (Nouvelle-Aquitaine Mobilités)
Dans cette logique, la région Nouvelle-Aquitaine s’est distinguée par la reprise en main de ses canaux de distribution, qui va de pair avec la mise en place du titre unique au niveau régional. Jérôme Kravetz, directeur de Nouvelle-Aquitaine Mobilités insiste sur une approche en deux volets, où l’intégration multimodale repose d’abord sur le développement de l’offre elle-même. Le syndicat mixte loi SRU Nouvelle-Aquitaine Mobilités, qui réunit 34 AOM, déploie ainsi des services structurants, comme des lignes de cars express, des dispositifs de covoiturage sur axes routiers, des solutions de mobilité partagée ou encore des pôles d’échanges, considérés comme la traduction physique de l’intermodalité. Sur cette base, le projet de titre unique régional constitue le second pilier, avec la marque Modalis comme interface centrale. « La feuille de route engagée depuis plusieurs années a permis d’atteindre un haut niveau d’intégration digitale, avec 80 % des réseaux urbains de Nouvelle-Aquitaine a
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Publié le 12/05/2025 - Valérie Chrzavzez
feuille de route engagée depuis plusieurs années a permis d’atteindre un haut niveau d’intégration digitale, avec 80 % des réseaux urbains de Nouvelle-Aquitaine accessibles via l’application, ainsi que l’ensemble des cars régionaux et une première intégration de deux titres TER, à la fois abonnements et titres occasionnels