Interview. "La supply chain, insuffisamment mature, est à l'origine de 40 à 50 % des retards de livraisons de trains"
Jean-Pierre Audoux, président de CARE Rail, et Maurice Perrault, membre du Comex et président du comité de pilotage opérationnel de l’association, tirent la sonnette d’alarme sur la situation de la filière ferroviaire française pas assez structurée à leurs yeux face à la concurrence mondiale, notamment chinoise. Les deux experts recommandent de s’inspirer de la démarche suivie il y a quelques années par le secteur aéronautique.
Ville, Rail & Transports. Pourquoi tirez-vous le signal d’alarme sur la situation de la filière ferroviaire française?
Jean-Pierre Audoux. Nous ne tirons pas le signal d’alarme pour que le train s’arrête, mais tout au contraire pour qu’il accélère! Nous sommes, avec CARE Rail, investis dans l’amé- lioration de la performance industrielle de la supply chain fer- roviaire. Or nous constatons que la France et son écosystème ferroviaire, en particulier face à la concurrence mondiale n’est pas dans une dynamique suffisante. Notre supply chain fournisseurs doit devenir beaucoup plus structurée.
Certes, en matière ferroviaire, la France a un savoir-faire technique et technologique reconnu à l’international, mais sa maturité industrielle reste insuffisante. On est très loin de l’industrie 4.0 (et encore moins de l’industrie 5.0 avec IA). Certains acteurs majeurs ont pu encore mieux mesurer cette problématique en déployant la démarche CARE Rail, mais, il nous faut vraiment aller plus fort et plus vite face aux risques de décrochage et les conséquences associées (em- ploi, maintien des compétences…).
Bien entendu, la mondialisation et l’obligation croissante de fabriquer localement pour fournir les marchés régionaux, notamment en Amérique et en Asie, conduisent les grands donneurs d’ordres à aller s’approvisionner en équipements et composants dans d’autres pays. Même si cela est sou- vent nécessaire pour remporter un marché, on en connaît les risques pour notre filière (dépendance accrue, perte de compétitivité, perte de savoir… comme on l’a vu pour l’industrie automobile). Notre alerte a pour but d’exhorter l’ensemble des acteurs de la filière à se mobiliser autour de cet objectif. Il est temps de construire un écosystème français robuste.
Plus précisément, quel est l’état de la filière aujourd’hui ?
Maurice Perrault. Notre filière se trouve dans une situation « paradoxale », pour ne pas dire « paroxystique » : des succès commerciaux multiples, un carnet de commande record que ce soit pour de nouveaux matériels ou pour de la rénovation, mais malheureusement souvent, avec des retards conséquents. Une supply chain française encore insuffisamment « mature » et structurée avec beaucoup de PME voire TPE, et trop peu d’ETI et donc, un
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Publié le 12/11/2025 - Sylvie Andreau