
Jean Castex hérite d’un groupe « solide » financièrement et économiquement, laissé par son prédécesseur Jean-Pierre Farandou. C’est ce qui ressort du bilan 2025 présenté le 26 février par le groupe SNCF. Le PDG, arrivé en novembre dernier aux commandes, a en effet pu annoncer un résultat net de 1,8 milliard d’euros réalisé sur l’exercice 2025, soit un résultat bénéficiaire pour la cinquième année consécutive. Cela « alors que le contexte macro-économique a été très difficile, marqué par un PIB en croissance de 0,9 % et une consommation des ménages atone (0,4 %)« , selon Laurent Trevisani, le directeur général délégué Stratégie et Finances. « Une performance remarquable« , estime-t-il.
SNCF Voyageurs reste la locomotive du groupe avec une activité en hausse de 3 % grâce à une fréquentation record : 168 millions de voyageurs ont été transportés à grande vitesse en France et en Europe l’année dernière (+ 3,5 % de CA pour les TGV). Les trains conventionnés affichent aussi une activité en hausse : +2,8 %pour les TER, + 4 % pour Transilien. Mais le chiffre d’affaires du groupe reste seulement stable à 43 milliards d’euros (-0,3 %) en raison du recul de l’activité de Geodis (-4 %) et de Keolis (-7,4 %). Keolis en particulier a perdu deux contrats majeurs (les métros et les trams de Lyon ainsi que le tram de Melbourne en Australie) que la filiale de transport publics n’a pas réussi à compenser avec d’autres gains de contrats. Toutefois, Keolis a amélioré sa profitabilité de 0,7 point tandis que Geodis maintenait ses marges. L’activité de Rail Logistics Europe est restée stable mais a rehaussé sa marge alors que Fret SNCF a dû céder 20 % de son activité dans le cadre du plan de discontinuité, note Laurent Trevisani. C’est le cas de toutes les SA qui ont toutes amélioré leur profitabilité.
L’argent recyclé dans le ferroviaire
« La SNCF gagne de l’argent mais le recycle dans le ferroviaire », rappelle Jean Castex. Les bons résultats engrangés l’an dernier ont en effet permis au groupe d’investir 11 milliards d’euros, à 95 % dans le système ferroviaire. Là encore un record, souligne l’entreprise, qui a investi 200 millions d’euros de plus qu’en 2024, Plus précisément, 5,6 milliards sont allés au réseau (dont 3,2 milliards à la rénovation), auxquels s’ajoutent un milliard aux gares et 3,8 milliards pour le matériel roulant. Par ailleurs, 52 % ont été investis à fonds propres par le groupe.
L’exercice 2025 est aussi marqué par la réduction de la dette de 500 millions. Elle atteint désormais 24,3 milliards d’euros. Le niveau d’endettement rapporté à la marge s’élève désormais à 3,2 ans alors qu’il était auparavant de 3,6 ans.
Un nouveau contexte avec l’amplification de la concurrence
Les années à venir pourraient peu à peu devenir plus compliquées avec l’arrivée de nouvelles entreprises ferroviaires sur le marché jusque-là dominé par SNCF Voyageurs. Pour l’heure, les effets sont encore limités. SNCF Voyageurs a déjà gagné 8 appels d’offres sur 12 dans le cadre de l’ouverture à la concurrence. A chaque fois, les autorités organisatrices demandent une augmentation de l’offre ferroviaire, ce qui permet d’augmenter le chiffre d’affaires à réaliser. A l’horizon 2030, toutes les lignes ferroviaires régionales devraient avoir été ouvertes à la compétition. Sur le marché de la grande vitesse, la concurrence devrait aussi s’amplifier. Aujourd’hui, seule Trenitalia est venue concurrencer SNCF Voyageurs sur sa ligne la plus rentable, Paris-Lyon. Mais d’autres sont en embuscade, à commencer par la compagnie Velvet annoncée pour 2028 sur l’axe Atlanrique.
Pour le moment, c’est le groupe SNCF qui met la main à la poche pour rénover le réseau utilisé par tous. Le système de péréquation mis en place (les lignes rentables financent celles qui sont déficitaires) lui permet aussi d’assurer l’exploitation de lignes d’aménagement du territoire. Mais si la concurrence se focalise sur les lignes les plus rentables, ce modèle risque d’être menacé. Il faudra que les règles du jeu soient les mêmes pour tous, estime Jean Castex. « Sinon, nous n’aurons plus les moyens de desservir les lignes d’aménagement du territoire et ce n’est pas acceptable », souligne le PDG qui en fait une de ses priorités. Il rappelle aussi attendre les résultats de la mission menée par Dominique Bussereau sur le financement des lignes d’aménagement du territoire.
Autre priorité pour le dirigeant : obtenir le milliard d’euros qui manque dans le futur contrat de performance Etat-SNCF Réseau pour régénérer le réseau et aboutir à un effort de 4,5 milliards d’euros annuels à partir de 2028. C’est, selon Jean Castex, « la mère des batailles » pour remettre à niveau un réseau vieillissant et le rendre plus résilient face à des conditions climatiques de plus en plus rudes. Et pour répondre à la demande de trains des Français.
Premier recruteur de France
Le groupe SNCF est le premier recruteur du pays, affirme Jean Castex. Le groupe, qui emploie 284 000 salariés, dont 215 000 en France, a recruté l’an dernier 26800 nouveaux collaborateurs dont 16300 en CDI. Il est aussi, calcule-t-il, à l’origine de l’emploi direct ou indirect d’un demi-million de personnes en France.
Le groupe en 2025
43 milliards de chiffre d’affaires : -0,3 % comparé à 2024
Dont + 3 % pour SNCF Voyageurs, +4,8 % pour SNCF Réseau, + 3 % pour Gares & Connexions
Mais -7,4 % pour Keolis et – 4,2 % pour Geodis et -1 % pour RLE
1,8 milliard de bénéfice
17,5 milliards d’euros d’achats
1,5 milliard rapportés à l’Etat.
6,5 % de baisse de gaz à effets de serre. `









