« Les véhicules autonomes sont une réalité. Il faut prendre conscience que des milliers de robots-taxis roulent déjà à grande échelle, en Chine et aux États-Unis, ce n’est pas encore le cas en France ou en Europe« , rappelle Clément Beaune, le Haut-commissaire au Plan, en présentant la note sur le sujet que vient de publier son institution. On compte ainsi 500 000 courses par semaine aux Etats-Unis, précise l’ancien ministre des Transports. « Si nous ne faisons rien, nous risquons une dépendance massive« , ajoute-t-il.
La note, écrite par Thomas Matagne, président-fondateur d’Ecov, estime qu’à l’horizon d’une décennie, « l’Europe sera une nouvelle fois placée en situation de colonie numérique et les Européens dépendront d’acteurs étrangers pour se déplacer en sécurité ou exploiter leurs données de mobilité« . D’où son appel à réagir sans occulter les différents risques inhérents à cette nouvelle technologie.
Menaces sur la souveraineté nationale
Les risques vont de la sécurité routière aux menaces sur la souveraineté nationale. Des études ont été engagées sur la sécurité routière ou les questions d’assurance et de responsabilité. Pour l’heure, elles montrent que qu’il y a dix fois moins d’accidents avec la conduite autonome qu’avec des humains au volant. « C’est donc une solution pour renforcer la sécurité routière« , affirme Clément Beaune.
Autre risque, les embouteillages et leurs cortèges de nuisances. Le taux de remplissage moyen des voitures étant de 1,6 personne, le recours à des robots-taxis pourrait conduire à une congestion accrue, à des émissions polluantes multipliées et à un gaspillage énergétique. « Notre thèse est simple : si cette révolution n’est pas pensée de manière stratégique au sein d’un système de mobilité collectif optimisé, nous passerons à côté des gains potentiels« , écrit Thomas Matagne.
Le président d’Ecov propose de concevoir les robots-taxis comme un transport collectif avant d’être individuel. « Les flux de véhicules ne sont plus gérés trajet par trajet à chaque demande d’un passager, comme dans le modèle du « robot-taxi », mais organisés en services de mobilité collective (bus, train, etc.)« , précise-t-il.
Les Chinois et les Américains ont une énorme longueur d’avance, qui devrait encore s’amplifier. Waymo, filiale d’Alphabet spécialisée dans les véhicules autonomes, vient par exemple de lever, en début d’année, 16 milliards de dollars pour accélérer à l’international. « Londres va commencer à expérimenter les robots-taxis sans doute cet été. Le Luxembourg veut aussi le tester, l’Allemagne l’envisage, peut-être à Munich », rappelle Clément Beaune qui préconise de lancer des expérimentations en France, en tablant sur les compétences spécifiques des entreprises françaises ou européennes. « Il n’y a pas de leaders européens dans ce domaine mais nous avons des compétences sur des briques technologiques ou sur du serviciel qui peuvent contribuer au fonctionnement des véhicules autonomes. C’est le cas de grandes entreprises de transport comme la RATP qui a travaillé sur les bus autonomes ou de Beti, une entreprise spécialisée dans la mobilité automatisée. Il faut essayer de faire émerger quelques champions de la conduite autonome afin de développer cette technologie« , souligne Clément Beaune.
Le Haut commissariat au Plan recommande de développer des services de mobilité qui permettent de structurer une offre de
transport de qualité hors des zones denses (là où la voiture est ultra dominante) en commençant par des expérimentations. « Des collectivités pourraient l’expérimenter pour un coût peu élevé. Elles peuvent décider d’acheter et de garantir l’achat de quelques véhicules autonomes pour, par exemple, transporter des personnes handicapées ou des personnes âgées qui ne peuvent plus conduire », souligne Clément Beaune. « l’Île-de-France veut aussi développer une stratégie autour du véhicule autonome, c’est une bonne nouvelle. Il faut imaginer un système de transport différent, non pas juste un système sans conducteur mais un système de mobilité organisé, optimisé« .
Restera aussi à aménager la réglementation et à aller au-delà de la LOM qui prévoit 12 expérimentations insuffisantes selon Thomas Matagne. Et à soutenir financièrement les acteurs qui s’engageront dans la démarche qui pourrait passer par une logique de « préférence européenne« , poursuit le rédacteur de la note qui appelle aussi, avec Clément Beaune, à une vraie « impulsion publique« .