
Le contexte dans lequel évolue le groupe SNCF l’oblige à revoir sa politique salariale : d’une part, il lui faut être attractive non seulement pour faire face à ses énormes besoins (dans les chantiers de rénovation des voies et dans les métiers du transport de voyageurs) mais aussi pour attirer des candidats alors que d’autres opérateurs ferroviaires lui font concurrence sur le marché du recrutement. D’autre part, le nombre de ses salariés statutaires, même s’ils sont toujours majoritaires (68 % des effectifs), ne cesse de reculer face à la montée du nombre de contractuels. En 2030, les agents SNCF seront pour moitié statutaire, pour moitié contractuels. Les règles RH, qui s’appliquent différemment selon le statut, notamment au niveau des salaires, doivent forcément se rapprocher pour ne pas créer de dissensions entre les uns et les autres. D’autant plus que le groupe devra appliquer la loi sur la transparence des rémunérations à partir du second semestre 2026.
La direction a ainsi proposé trois grands principes aux organisations syndicales dans le cadre des NAO qui se sont conclues le 13 janvier. Première proposition, une participation aux résultats de l’entreprise, sous la forme d’une prime de 650 euros, dont 400 euros déjà versés en décembre, auxquels s’ajoutera un intéressement de 1100 euros en moyenne versés en mai. Soit environ 1750 euros pour tous les salariés en reconnaissance de leur contribution aux résultats qui s’annoncent encore une fois très positifs sur le dernier exercice 2025. L’intéressement sera toutefois plus important côté SNCF Voyageurs qui dégage beaucoup de cash avec ses TGV que côté SNCF Réseau qui engrange moins de recettes.
Une hausse générale moyenne des salaires de 2,56 %
Une hausse générale des salaires est également prévue en deux temps : + 0,25 % le 1er juillet, puis de nouveau + 0,25 % le 1er octobre. Des mesures individuelles pourront s’ajouter.
Enfin, la direction propose un nouveau dispositif très « innovant », selon Philippe Bru, le directeur des Ressources humaines du groupe SNCF : la garantie de protection salariale annuelle (GPSA). En clair, il s’agit d’appliquer, à tous les agents, une augmentation salariale annuelle automatique, liée à l’ancienneté, sans attendre le passage d’un échelon à un autre. Les agents statutaires bénéficient en effet actuellement d’une hausse de salaire automatique lorsqu’ils passent à un échelon supérieur, ce qui arrive tous les deux ou trois ans. La SNCF voudrait mieux répartir cette augmentation, en la versant en partie chaque année en décembre (à hauteur de 0,6 %) et en attribuant le solde lors du passage à l’échelon supérieur (pour arriver en moyenne à 1,8 %).
« L’ensemble de ces mesures représente une hausse générale des salaire de 2,56 % alors que l’inflation attendue cette année devrait atteindre 1,3 % », souligne Philippe Bru, en rappelant chercher ainsi un « subtil équilibre » entre une politique de continuité (les salaires ont été augmentés en moyenne plus que l’inflation ces dernières années) et le contexte économique actuel « compliqué » qui oblige notamment la SNCF à financer largement le renouvellement du réseau ferré.
Deux syndicats au minimum pour signer
Les quatre organisations syndicales représentatives de l’entreprise ont désormais jusqu’au 27 janvier pour se prononcer, alors que deux d’entre elles (Sud Rail et la CGT Cheminots) avaient appelé à la grève aujourd’hui pour faire pression sur la direction, mais sans grand impact.
Selon un principe appliqué depuis deux ans lors des NAO, il faudra au minimum la signature de deux syndicats pour que l’accord s’applique. Faute de quoi, prévient Philippe Bru, les propositions deviendront caduques et il n’y aura pas d’augmentation de salaire. Dans ce cas, seul s’appliquerait le principe selon lequel aucun salarié de la SNCF ne doit toucher moins que le Smic + 10 %. Quelque 200 personnes seulement seraient à ce niveau salarial.
Le cas à part des sociétés dédiées
Les règles sont un peu différentes du côté des sociétés dédiées créées pour exploiter des TER gagnés après appels d’offres. Les agents statutaires, qui y ont été intégrés, bénéficieront des mêmes mesures décidées par le groupe. En revanche, les salariés contractuels pourront être traités différemment, chaque société étant libre de sa politique RH à leur égard même si le groupe SNCF fait part de ses orientations. Elles ont par exemple toutes décidé de verser une prime de 400 euros à leurs salariés, indique Philippe Bru.
Pour l’heure, les trois sociétés dédiées mises en place en région emploient seulement quelque 2000 personnes.
450 000 candidatures spontanées
Pour la quatrième année consécutive, le groupe SNCF va compter plus de recrutements que de départs. Avec 6000 personnes qui seront embauchées cette année, le solde sera positif avec plus de 700 personnes supplémentaires dans les effectifs. « Les effectifs ont augmenté de 2000 personnes sur les quatre dernières années« , précise Philippe Bru.
La SNCF reçoit désormais 450 000 candidatures spontanées par an alors qu’elle en recevait 200 000 avant les JO.







