Depuis son lancement en 2014 la start-up chinoise Ofo connaît une forte croissance. Spécialiste du vélo en libre service et sans station (free floating), elle a levé 700 millions de dollars cet été lors de son cinquième tour de financement et gère désormais plus de dix millions de vélos dans 180 villes de 15 pays. Après s’être installée dans plusieurs villes européennes, Ofo prépare désormais son arrivée en France. Laurent Kennel, le directeur général France d’Ofo explique sa stratégie à VR&T.
Ville, Rail & Transports. Quelle est la spécificité du vélo en libre service que vous souhaitez lancer en France ?
Laurent Kennel. C’est un vélo en libre service sans station. Grâce à son smartphone, l’utilisateur trouve un vélo, le débloque pour l’emprunter, puis paye à la course. Nous sommes pionniers dans ce domaine car nous avons inventé ce système en 2014 en Chine. Notre modèle correspond à une vraie tendance de fond : les vélos sont disponibles quand l’utilisateur en a besoin, là où il se trouve.
Aujourd’hui, nous avons plus de dix millions de vélos connectés dans une quinzaine de pays. Nous sommes présents en Europe depuis quelques semaines, par exemple à Milan. Nous avons lancé le début des opérations pour installer nos vélos à Madrid, Vienne ou Prague. Nous comptons nous déployer dans une vingtaine de pays d’ici à la fin de l’année.
VR&T. Quand allez-vous vous installer en France ?
L. K. En France, nous discutons avec cinq grandes villes. Mais nous n’annonçons pas encore leurs noms ni le calendrier. Nous sommes en phase de présentation et d’explication du système.
VR&T. Que demandez-vous aux collectivités ?
L. K. Nous ne demandons pas de délégation de service public ou de financement. Nous nouons un dialogue pour faire de la pédagogie et pour comprendre les spécificités du territoire, les contraintes de circulation et de stationnement.
VR&T. Seriez-vous intéressés par Paris ?
L. K. Oui, car notre conviction c’est que notre système est complémentaire à celui du Vélib’. Notre but, c’est de lever les freins à l’usage du vélo et de contribuer au report modal.
VR&T. Quel est votre modèle économique ?
L. K. Le modèle économique est transparent pour la collectivité. Quant à nous, nous devons réaliser un petit chiffre d’affaires à chaque location car nous n’avons pas d’investissements physiques importants à effectuer en ville. C’est un modèle léger. Nous ne proposons pas d’abonnement annuel mais un paiement à l’usage. En France, nous facturerons soit à la minute (de l’ordre de quelques centimes d’euros), soit au quart d’heure. Ofo vise l’équilibre global courant 2018.
VR&T. Comment gérer la bonne répartition des vélos sur le territoire ?
L. K. Toute la question est de rapprocher l’offre de la demande. Nous géolocalisons les vélos et les repositionnons là où se trouvent les besoins. Sans contrainte de nombre puisqu’il n’y a pas de station. Nous pouvons sans problème nous adapter aux besoins saisonniers (flux touristiques l’été, trajets domicile – travail à la rentrée…). Tout l’enjeu est de proposer la bonne densité de vélos sur le territoire.
VR&T. Comment éviter les vols et les dégradations ?
L. K. Nous devons apprendre à gérer ce phénomène. Il n’y a pas de recette magique mais ce qui est sûr, c’est que la station n’est pas suffisante pour empêcher les vols. On voit ailleurs en Europe, qu’il y a une phase d’apprentissage : quand l’offre est suffisamment abondante, certains comportements cessent, comme celui de vouloir emporter le vélo chez soi. Pour l’usager, le souci de se faire voler son vélo disparaît. Le vélo que nous proposons ressemble à un vélo personnel. Pour la France, dans un premier temps, il sera fabriqué en Chine puis nous travaillerons sur un approvisionnement en France.
Propos recueillis par Marie-Hélène Poingt