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Ewa

Avec LiO, l’Occitanie va plus loin dans l’intégration des transports

Carole Delga et Jean-Luc Gibelin devant la nouvelle livrée de bus

LiO, tel est le nouveau nom choisi pour désigner le service régional des transports collectifs d’Occitanie, comprenant les lignes ferroviaires et routières des deux ex-régions Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées, les pôles d’échanges multimodaux ainsi que les lignes routières et scolaires des 13 départements de la région. L’acronyme signifie « lignes intermodales d’Occitanie », même si la présidente Carole Delga, qui présentait ce nouveau service public Occitanie Transports jeudi 25 mai depuis Montpellier, préfère y lire « lien intermodal d’Occitanie ».

Suite à la fusion des régions, aux Etats généraux du rail et de l’intermodalité en 2016 et au transfert des compétences en matière de transport scolaire, interurbain et à la demande début 2017, un gros travail d’unification et d’harmonisation a été mené par la collectivité. Il voit son expression concrète dans le nouveau nom LiO, la nouvelle signalétique et la nouvelle livrée qui commencera à faire son apparition sur les bus en septembre prochain.

Neuf départements ont transféré effectivement leurs compétences à la région en 2018 tandis que quatre autres ont choisi de continuité à l’exercer par délégation : la Haute-Garonne, la Lozère, les Hautes-Pyrénées et le Tarn. La gratuité des transports scolaires est maintenue là où elle existait tandis que l’abonnement est plafonné à 90 euros par an là où il était payant.

La présidente Carole Delga a insisté sur la nécessité « de mettre en place une meilleure complémentarité bus/trains et de redéfinir des circuits de bus épousant les bassins de vie et non pas les frontières administratives des départements ». Certains doublons entre lignes départementales et régionales ont donc été supprimés tandis que les connexions entre les deux anciennes régions ont été améliorées. Cela se traduit par exemple par la fusion des lignes régionales et départementales entre Montpellier et Millau et entre Millau et Saint-Affrique ou la création de lignes entre Montauban et Castelsarrasin et Montauban – Moissac – Lamagistère. La liaison entre Toulouse et Perpignan sera renforcée avec 12 allers-retours par jour, dont six directs.

Dans le cadre de la nouvelle convention TER 2018-2025, c’est 72 circulations nouvelles qui sont créées soit 1,7 million de kilomètres supplémentaires, ce qui permet, avec l’amélioration de la capacité du matériel roulant, l’ajout de 37 000 places (+40 %). « Notre région connaît une forte démographie et déjà une saturation sur ses axes ferroviaires, à quoi s’ajoute la nécessité de sortir du tout-voiture, a souligné Carole Delga. Nous devions donc mettre en place un service public permettant de relier efficacement les habitants d’Occitanie. »

La nouvelle gamme tarifaire des LiO qui entrera en vigueur début juillet soignera particulièrement les jeunes, dont l’abonnement mensuel libre circulation diminuera d’un tiers en trois ans, passant de 98 euros à 64 euros. Les offres promotionnelles créées dans les deux ex-régions pour inciter à prendre le train – train à 1 euro en ex-Languedoc-Roussillon et Tikémouv en ex-Midi-Pyrénées – seront étendues à toute l’Occitanie, avec un million de billets à 1 euro et des Tikémouv sur 200 trains peu fréquentés.

« Nous souhaitons que transport régional rime aussi avec le développement de voies vertes pour faciliter l’usage du vélo et que notre région se penche sur le transport fluvial et notamment sur l’avenir du canal du Midi, a commenté Christian Dupraz, vice-président écologiste de la commission Transport. La mise en place d’une régie régionale des transports est l’étape suivante, indispensable pour doter la région d’un outil opérationnel permettant d’une part de gérer efficacement les voies ferrées dont la région est propriétaire et les services de bus déjà en régie, mais aussi pour pouvoir ensuite prendre des initiatives sur d’autres lignes ferrées ou de bus. »

Catherine STERN

(Sur la photo : Jean-Luc Gibelin et Carole Delga devant un bus arborant la nouvelle livrée)

Ewa

Les syndicats de la SNCF se disent confortés par le vote des cheminots avant la rencontre avec le Premier ministre

manifestation, grève, syndicats, Grève SNCF

Les quatre organisations syndicales de la SNCF se sont félicitées, le 23 mai, du résultat du Vot’Action, une consultation menée auprès des cheminots entre le 14 et le 22 mai : les cheminots ont été 61,15 % (soit plus de 91000 salariés) à participer à cette consultation et 94,77 % d’entre eux ont indiqué qu’ils désapprouvent le projet de réforme porté par le gouvernement, ont affirmé la CGT, de l’UNSA, de la CFDT et de Sud Rail.
Des résultats à prendre avec précaution puisque sans possibilité de contrôle, les organisateurs de la consultation étant en effet juges et parties. Mais des responsables de l’UNSA Ferroviaire et de la CFDT Cheminots, qui avaient hésité avant de s’engager dans cette consultation, ont indiqué qu’ils avaient été surpris par l’ampleur de la participation.

« Ce vote témoigne d’une hostilité incontestable au projet, qui doit être entendue. Nous demandons l’ouverture de vraies négociations », a souligné Laurent Brun, le secrétaire général de la CGT-Cheminots. «C’est une expression forte des cheminots que nous porterons lors de la rencontre avec le Premier ministre le 25 mai », a ajouté Roger Dillenseger, le secrétaire général de l’UNSA Ferroviaire. De son côté, la direction de la SNCF a affirmé que ce vote « ne présentent pas toutes les garanties qui auraient pu être réunies : ni isoloir pour garantir le secret du vote, ni présence d’huissiers ou de tiers permettant de garantir la sincérité de l’expression, ni listing coordonné des salariés pour éviter les votes multiples ».

Pour Sud Rail, la démission de Guillaume Pepy s’impose, tandis que les autres syndicats se montrent plus nuancés mettant en cause la direction de l’entreprise façon plus globale. Les syndicats ont également annoncé que le 29 mai au Sénat, jour où les sénateurs examineront en plénière le projet de réforme, une délégation composée du président d’ITF (international transport worker’s federation) et de délégations étrangères viendrait rendre compte de retours d’expériences dans différents pays.

 

Ewa

Semaine décisive pour la réforme ferroviaire

hemicycle 2017 300 1

Le gouvernement parviendra-t-il à sortir la SNCF du conflit alors que plusieurs étapes importantes pour le projet de réforme ferroviaire vont être franchies cette semaine ? Demain, le projet sera examiné en commission par le Sénat avant d’être discuté en plénière à partir du 29 mai. Un exercice qui pourrait donner naissance à un texte sensiblement remanié, prenant en compte à la fois des demandes des organisations syndicales (via des amendements déposés par le ministère des Transports) et les évolutions voulues par les sénateurs. Mais cela sans revenir sur trois principes fondamentaux aux yeux du gouvernement : l’ouverture à la concurrence, la fin du statut pour les futurs salariés de la SNCF et la transformation du statut de la SNCF qui doit devenir une société anonyme 100 % publique.

Elisabeth Borne a déjà esquissé plusieurs pistes lors de son audition au Sénat le 16 mai. La ministre des Transports a aussi cherché à rassurer des sénateurs déçus que leur proposition de loi sur l’ouverture à la concurrence n’ait pas été retenue par le gouvernement comme il avait pu le laisser entendre initialement.

Pour les rassurer sur l’avenir des petites lignes, un sujet majeur aux yeux des élus qui réclamaient des garanties, elle a affirmé que « le gouvernement confortera la desserte des territoires par les TGV qui ne se limite pas aux grandes métropoles mais irrigue plus de 230 villes ». Pour rattraper les retards d’investissements, elle a rappelé que l’Etat financerait l’équivalent de dix millions de travaux quotidiens pendant dix ans et que le Premier ministre avait annoncé que « nous devrons aller au-delà ».

Afin de rassurer les syndicats qui s’inquiétaient d’une privatisation possible de la SNCF dans le futur, et afin de montrer que le passage d’un Epic à une SA n’a rien à voir avec une privatisation, la ministre a expliqué que la loi empêcherait toute possibilité de cession de titres « puisque c’est l’intégralité des capitaux qui devra être détenue par l’Etat (et de fait même en cas d’augmentation du capital) ». Mais, dans un but pédagogique et symbolique, elle a indiqué que l’inscription du caractère « incessible » du capital serait ajouté dans la loi.

Toujours au chapitre de la gouvernance, la ministre a précisé que Gares & Connexions rejoignant SNCF Réseau (comme l’ont voté les députés), c’est le modèle de filialisation qui serait retenu… s’il est validé par les sénateurs.

Mais ce sont principalement les questions sociales qui devraient être déterminantes (définition des nouvelles conditions de travail des cheminots, transfert des personnels…). La ministre des Transports a indiqué qu’un « périmètre ferroviaire unifié » permettra de continuer à appliquer le statut cheminot à l’ensemble des salariés relevant de ce périmètre, d’assurer « une représentativité syndicale consolidée au niveau du groupe » et d’organiser le dialogue social « avec un principe de décentralisation des négociations à mettre en place par accord collectif ». Au sein de ce périmètre, elle a annoncé « le maintien d’institutions représentatives du personnel au travers d’un « comité du périmètre ferroviaire unifié » chargé, entre autres, de la gestion des activités sociales et culturelles ».

S’agissant des transferts de personnels, elle a réaffirmé qu’il y aurait « nécessairement une part de transfert obligatoire, car c’est indispensable pour garantir la continuité du service public ». Mais suite à des échanges avec les organisations syndicales, elle propose de renforcer « la priorité au volontariat en l’élargissant à l’ensemble de la région », de proposer « une offre alternative de reclassement à chacun des salariés qui consacre moins de la moitié de son temps de travail aux services transférés », et enfin d’ouvrir « pour une période transitoire, un droit d’option individuel permettant à un cheminot revenant à la SNCF de choisir soit le nouveau cadre contractuel soit le statut ».

En plus de nouvelles garanties, les organisations syndicales attendent beaucoup de la rencontre prévue le 25 mai avec le Premier ministre, au cours duquel des précisions devraient être apportées sur la reprise de la dette par l’Etat. Selon Les Echos du 22 mai, l’Etat pourrait reprendre environ 35 milliards des 47 milliards d’euros de dette de SNCF Réseau en deux temps, d’abord en 2020 puis en 2022.

Pour les syndicats, cette nouvelle rencontre devrait aussi être l’occasion de démontrer au gouvernement l’opposition des cheminots à la réforme : ils espèrent que l’opération Vot’Action lancée il y a une huitaine de jours auprès des salariés montrera un fort rejet. Le résultat des votes qui sera dévoilé le 23 mai pourra leur permettre aussi d’interpeler les députés chargés de voter la réforme.

M.-H. P.

 

Ewa

La Deutsche Bahn signe un pacte numérique

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Plus de 20 % de trafic supplémentaire sans construire sur seule ligne supplémentaire : c’est le pari lancé par Richard Lutz, le président de la Deutsche Bahn (DB). Dans 10 à 15 ans, l’ensemble du réseau de la compagnie ferroviaire allemande devra en effet être géré numériquement. « Le réseau sera plus fiable et les trains plus ponctuels », a promis le patron de la DB aux salariés du groupe.

L’outil principal pour atteindre cet objectif sera le système européen de contrôle des trains (ETCS) appliqué sur 2 700 km de réseau (il est utilisé actuellement seulement sur la nouvelle ligne Berlin – Munich). « Cette technique permettra de supprimer 160 000 signaux et une grande partie des 400 000 km de câbles », a expliqué Richard Lutz. Par ailleurs, la DB prévoit de numériser l’ensemble de ses postes d’aiguillage dont certains datent encore du temps de l’Empire (attelage manuel des wagons et poste d’aiguillages à commandes individuelles). Ces postes seront reliés au système ETCS.

La compagnie allemande refuse actuellement de chiffrer le coût de cette transition évaluée par les experts du secteur de 20 à 30 milliards d’euros. Mais elle a l’objectif de devenir le leader des systèmes numériques en coopérant étroitement avec l’industrie (Siemens, etc.). « Notre pays est un site important de construction ferroviaire. Dans un contexte de concurrence, l’avance technologique est un facteur déterminant », résume Kerstin Eckstein, une porte-parole de l’entreprise.

Pour familiariser le personnel aux nouvelles méthodes de communication, Martin Seiler, le DRH de la Deutsche Bahn (ancien manager de Deutsche Telekom), a décidé d’équiper d’ici 2019 plus de 60 000 employés de smartphones ou de tablettes.

La DB a également signé un « pacte numérique » avec le comité d’entreprise pour désamorcer en amont les potentiels conflits en promettant aux salariés les « dividendes de la numérisation ». Ainsi, les employés de la DB bénéficieront des gains de productivité sous forme d’une offre de formation et de temps libre. Par ailleurs, un employé perdant son emploi à cause de la transition numérique aura le droit à une formation pour pouvoir changer de poste, ce qui équivaut à une garantie de l’emploi.

Christophe Bourdoiseau,

A Berlin

Ewa

Les élus locaux veulent faire entendre leurs voix sur le ferroviaire et la mobilité

La Z 7508 passe sans Arrêt en direction de St-Flour en gare de Talizat en juin 2011, Cantal, France. 
Juin 2011

« Les infrastructures de transport sont de plus en plus sinistrées », estime l’Association des petites villes de France (APVF) qui entend peser dans le débat en cours sur la réforme ferroviaire et la future loi d’orientation sur les mobilités (LOM). Si l’APVF, qui regroupe les communes de 2 500 à 25 000 habitants, se félicite des larges échanges qui ont été organisés autour des assises de la mobilité avec plus de 6 000 contributions enregistrées, l’association regrette aussi que le transport ferroviaire ait été traité à part, alors que les deux thèmes sont liés.

Les élus locaux se lancent désormais dans un nouveau travail : faire en sorte que leurs propositions, présentées à la presse le 15 mai, soient largement reprises dans les textes législatifs à venir. Dans le ferroviaire, ils réclament un audit exhaustif, et pas uniquement comptable, des lignes ferroviaires. Ils demandent aussi que les investissements en faveur des « petites lignes » soient relancés, en explorant de nouvelles sources de financement, telles que la participation des sociétés d’autoroute, une redevance poids lourds, ou encore une taxe sur le kérosène dans l’aérien. « Si on ne traite pas la question du financement, on va au-devant de grandes difficultés. D’autant que ce qui a inspiré l’idée du rapport Spinetta, c’est que le fer coûte cher. Mais le non-faire coûtera encore plus cher demain », estime Christophe Bouillon, le président de l’APVF, également député socialiste de Seine-Maritime.

L’APVF souhaite aussi que les élus locaux soient associés à la gouvernance des gares pour privilégier une « logique de bassin de mobilité ». Parmi ses autres revendications, elle insiste sur la mise en place de plateformes publiques de mobilité qui permettront de collecter des données et de favoriser l’interopérabilité.

Plus globalement, l’association demande « la fin de l’exclusion par les transports », ce qui passe notamment par la création d’instances partenariales de gouvernance entre régions. L’APVF se réjouit de la volonté du gouvernement de mettre fin aux zones blanches, ces périmètres du territoire qui ne sont pas sous la responsabilité d’une autorité organisatrice de la mobilité et qui sont en marge de l’offre de mobilité. Elisabeth Borne veut donner prioritairement cette responsabilité aux régions et compte beaucoup sur les innovations et les nouveaux services pour proposer des offres attractives dans les territoires peu denses. Mais, prévient Christophe Bouillon, « il ne faut pas imposer de solution unique mais faire du sur-mesure adapté aux territoires ».

D’où la très forte attente suscitée auprès des élus locaux par la future loi d’orientation sur les mobilités qui doit remplacer la Loti et donner un nouveau cadre institutionnel en prenant en compte les nouveaux usages (covoiturage, autopartage…). Mais l’élaboration du projet de loi qui doit aussi définir de nouvelles sources de financement et fixer les priorités d’investissements, a pris du retard. « Il est renvoyé de Conseil des ministres en Conseil des ministres. A croire qu’il soulève encore bien des difficultés », commente Christophe Bouillon. Le texte devrait désormais arriver cet automne devant les Parlementaires, rappelle-t-il, avant d’ajouter : « Si tout va bien. »

M.-H. P.

Ewa

La Deutsche Bahn prépare la relève

Intempéries Allemagne DB

Le grand défi de la Deutsche Bahn (DB) dans les dix prochaines années sera celui de l’embauche. En raison d’un vieillissement important du personnel, la compagnie ferroviaire allemande va devoir recruter massivement pour assurer la relève. La moitié des 200 000 employés en Allemagne (326 000 dans le monde) partiront à la retraite dans les 10 à 12 ans, dont 20 000 fonctionnaires (sur les 30 000 restants depuis la réforme). L’âge moyen atteint actuellement 46 ans.

« Nous allons embaucher dans les prochaines années en moyenne 15 000 personnes par an. C’est l’équivalent de la population d’une petite ville », pronostique Martin Seiler, DRH de la Deutsche Bahn. En 2018, il est prévu de recruter 19 000 nouveaux employés, un record ! 10 000 ont déjà signé un contrat à ce jour.

Le défi est d’autant plus grand que les candidats risquent de manquer à l’appel, notamment parmi les personnels qualifiés. Selon l’Institut de conjoncture de Cologne IW, près de 500 000 postes STIM (science, technologie, ingénierie et mathématiques) étaient vacants en Allemagne fin avril 2018.

Or, la DB recherche des conducteurs de locomotive, des constructeurs de voies ferrées mais aussi des milliers de spécialistes en informatique pour assurer la transition numérique. « Nous sommes confiants dans nos objectifs », assure Martin Seiler. S’il le faut, la DB est prête à embaucher parmi les militaires de carrière, les étudiants qui ont décroché ou les candidats de plus de 50 ans. La compagnie est un employeur « attractif » qui reçoit plus de 250 000 CV par an, assure-t-il, et 95 % des contrats sont à durée indéterminée.

Christophe Bourdoiseau, à Berlin

Ewa

Remobilisation cheminote réussie mais une cinquantaine d’exactions recensées

grèves
21/01/2004

Paris - Ile de France - France 

Paris Gare de l'est, jour de greve et de pluie

Pari réussi ! Même si les organisations syndicales avaient revu à la baisse leur mot d’ordre et ne prévoyaient plus vraiment de faire du 14 mai une journée sans cheminots, elles ont en revanche réussi à redynamiser la mobilisation contre le projet de réforme ferroviaire. La participation à cette nouvelle journée de grève (27,58 % de grévistes) se rapproche de celle enregistrée lors du premier épisode du mouvement, les 3 et 4 avril (33,9 % et 29,7 %), après avoir connu un tassement début mai.

La mobilisation a été très forte chez les conducteurs (74,4 %), chez les contrôleurs (74,3 %) et chez les aiguilleurs (36,7 %), a reconnu la direction de la SNCF. Elle enregistre aussi un fort rebond chez les cadres, en grève à 10,14 % (contre 3,1 % mercredi). D’où un trafic « très perturbé » avec, en moyenne, un TGV, TER ou Transilien sur trois et un train Intercités sur cinq, selon la direction.

De plus, des actes de malveillance, qui étaient redoutés, ont contribué à aggraver la situation, dont une particulièrement grave dans l’Eure où un câble de soutien d’une caténaire a été sectionné « très proprement » dans la nuit à Gaillon, a indiqué la SNCF. A la gare Saint-Charles de Marseille, la circulation des trains a aussi été paralysée pendant une partie de la matinée. Une rupture de caténaire a contraint la direction à dérouter une partie du trafic. Il y a également eu « un blocage des voies par des salariés d’autres entreprises, des étudiants et des usagers », venus « nous soutenir », a dit à l’AFP Rémi Hours, responsable local de la CGT Cheminots.

« Il y a eu une cinquantaine d’actes d’exactions, de blocages, de rassemblements, qui ont empêché la circulation des voies, et il y a même des incidents qui ont mis en cause la sécurité, des détériorations de passages à niveau, des détériorations de signalisation, un jeune agent d’accueil qui a été légèrement blessé par l’explosion d’un pétard, bref, des choses qui ne sont absolument pas admissibles, d’ailleurs ce n’est pas l’esprit cheminot« , a raconté Guillaume Pepy le 15 mai sur France Info. Le PDG de SNCF Mobilités a indiqué que l’entreprise avait déjà déposé une quinzaine de plaintes. « On va regarder sur les autres incidents s’il y a matière à porter plainte« , a-t-il ajouté.

Ce même 14 mai, les organisations syndicales ont lancé leur consultation des salariés, baptisée Vot’Action, qui doit durer jusqu’au 21 mai, juste avant que le Sénat commence à examiner le projet de loi. Les cheminots sont appelés à répondre à la question : « Etes-vous pour ou contre le pacte ferroviaire porté par le gouvernement ? »
Le vote se fera dans des urnes, le plus souvent au cours d’assemblées générales. Sur des listes d’émargement doivent figurer les noms, prénoms et numéros de matricule des votants, expliquent des syndicalistes. Ces listes seront détruites après comptage des voix pour que la direction ne puisse pas connaître les participants. De ce fait, la consultation n’aura qu’une valeur très relative puisqu’il n’y aura aucun contrôle. « Nous souhaitons ainsi contrecarrer les propos du président de la SNCF qui affirme que seuls 20 % des cheminots sont en grève et que 80 % soutiennent la réforme », explique à VR&T Roger Dillenseger, le secrétaire général de l’Unsa Ferroviaire.

Les syndicats espèrent ainsi peser sur le gouvernement et sont d’autant plus remontés qu’un document dévoilé le 13 mai par Le Parisien montre que la direction de la SNCF a défendu l’idée, auprès du ministère des Transports, de limiter l’incessibilité du capital de la SNCF au niveau de la holding. D’où les accusations de SUD-Rail affirmant que le gouvernement et Guillaume Pepy œuvrent « en coulisse pour privatiser et filialiser la SNCF ». Alors que le gouvernement et la direction de la SNCF niaient tout projet en ce sens, le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, a réclamé de son côté le 14 mai que l’« incessibilité » du groupe public ferroviaire soit inscrite dans la loi, afin d’éviter une « vente à la découpe ». Message reçu par Jean-Baptiste Djebbari, député LREM et rapporteur du projet de réforme, qui a indiqué que « comme on ne veut laisser aucune place au fantasme de la privatisation, on inscrira l’incessibilité ». Ce matin sur France Inter, la ministre des Transports a confirmé que SNCF Réseau et SNCF Mobilités resteraient à 100 % public et que la SNCF devait continuer à pouvoir avoir des filiales comme Thalys et Eurostar.

MH P.

Ewa

Opération reconquête pour la SNCF

Quai TGV usagers

Pour reconquérir ses clients malmenés par les grèves à répétition, qui perturbent les circulations de trains depuis début avril, la SNCF veut multiplier les gestes commerciaux. « Entre le 15 mai et le 31 août, nous proposerons trois millions de billets de TGV à moins de 40 euros sur toutes les destinations et tous les jours », a indiqué Guillaume Pepy au Parisien du 11 mai. « Ces billets seront mis en vente à partir du 15 mai. » Pour le PDG de SNCF Mobilités, « l’objectif est que toutes les places disponibles durant cette période seront proposées à environ moitié prix ».

De plus, « les cartes de réduction seront vendues au même prix, 29 euros du 23 mai au 15 juin, au lieu de 50 euros pour la carte Jeune, 60 euros pour la carte Senior+ et 75 euros pour les cartes Enfant+ et Week-End ». Ces mesures s’ajoutent aux indemnisations déjà décidées, notamment pour les abonnés aux TER.
« C‘est évidemment une opération de reconquête », a souligné Guillaume Pepy, en ajoutant qu’il lui « paraît totalement normal d’avoir un signe sympathique vis-à-vis de nos clients pour redonner de la confiance ».

Ewa

Réforme ferroviaire : les syndicats réformistes sur plusieurs fronts

Manifestation syndicat Unsa

Après avoir fait part de ses réticences, l’Unsa a finalement accepté de participer à la consultation proposée par la CGT pour tenter de relancer la mobilisation contre la réforme ferroviaire. L’intersyndicale cheminote (CGT, SUD-Rail, Unsa et CFDT) qui s’est réunie le 9 mai en a ainsi validé le principe. La consultation, qui aura lieu dans le cadre des assemblées générales (AG) mises en place pour décider des suites de la grève, sera organisée du 14 au 21 mai. Elle s’adressera aux 150 000 cheminots – mais en réalité plutôt à ceux qui viennent aux AG – et leur posera la question suivante : « Etes-vous pour ou contre le pacte ferroviaire porté par le gouvernement ? »

Les organisations syndicales sont en effet confrontées à l’essoufflement du mouvement de grève lancé deux jours sur cinq depuis début avril (mercredi, le nombre de grévistes est passé pour la première fois sous la barre des 15 %, même si le nombre de conducteurs grévistes est toujours élevé : plus de 50 %). L’initiative proposée par la CGT-Cheminots s’inspire du référendum organisé à Air France sur les propositions de la direction pour sortir du conflit, qui a abouti le 4 mai à la démission du président de la compagnie Jean-Marc Janaillac. Pour éviter toute comparaison, l’Unsa Ferroviaire et la CFDT-Cheminots se sont opposés à l’appellation « référendum » comme le proposait la fédération cégétiste, pour lui préférer le nom de « Vot’Action ». « Ce n’est pas un référendum. Un référendum est organisé par l’entreprise qui utilise les listes de tous les personnels. Nous allons organiser une consultation syndicale et donc cela n’aura de valeur que par rapport aux personnes qui se seront exprimées. Nous souhaitons ainsi contrecarrer les propos du président de la SNCF qui affirme que seuls 20 % des cheminots sont en grève et que 80 % soutiennent la réforme », explique à VR&T Roger Dillenseger, le secrétaire général de l’Unsa Ferroviaire.

Ainsi, l’unité syndicale a encore une fois pu être préservée. « L’unité syndicale est toujours d’actualité », a affirmé Laurent Brun, le secrétaire national de la CGT-cheminots, à l’issue de la réunion de l’intersyndicale. Pour Bruno Poncet, de SUD-Rail, le lancement du « Vot’Action » est « un moyen donné à nos collègues d’exprimer leur opposition à cette réforme ».

Interrogé par Le Parisien du 11 mai, Guillaume Pepy a estimé que ce référendum n’aura « aucune » légitimité, le Parlement ayant seul le pouvoir de décider. « La réforme ferroviaire est un sujet qui ne concerne pas que l’entreprise mais tous les Français et qui sera tranché par les élus nationaux dans quelques semaines. Personne ne peut confisquer le débat et le vote au Parlement », a expliqué le patron de la SNCF.

Selon lui, le projet de réforme ferroviaire arrive désormais à un moment « charnière ». Après avoir suspendu leur participation aux rencontres organisées par la ministre des Transports, l’Unsa et la CFDT ont participé à une réunion avec Elisabeth Borne, concernant les amendements au projet de loi, ce qui est « une avancée », juge Guillaume Pepy. Pour Roger Dillenseger, qui a présenté à la ministre la trentaine d’amendements proposés par son syndicat, « il y a une écoute positive à des sujets concrets ». Selon lui, « les postures ont évolué sur les questions de transfert de personnel, la rémunération et même la gouvernance ». Sur le fond, il n’en dit pas plus, renvoyant à des nouvelles réunions de travail.

Un premier pas vers la sortie de crise pour les syndicats réformistes ? « On travaille à sortir proprement du conflit avec des garanties à la sortie », a encore indiqué Roger Dillenseger, expliquant vouloir « aller positivement dans cette réforme, pour la transformer en une réforme efficace ».

Par ailleurs, d’ici le passage du projet de loi au Sénat fin mai, « le Premier ministre va également annoncer des mesures de désendettement, ainsi que des investissements supplémentaires », a rappelé Guillaume Pepy, qui de son côté présentera « l’ensemble de l’agenda social lié aux questions de l’après-statut à partir de 2020 ». L’objectif, a-t-il ajouté, « n’est pas d’avoir des cheminots au rabais et de jouer au dumping social » .

D’ici là, la journée du 14 mai, qui était initialement prévue par les organisations syndicales comme une journée sans cheminots, a été revue à la baisse : les syndicats appellent à une très forte mobilisation ce jour-là. Pas la peine d’organiser « un fiasco », pour reprendre les termes d’un syndicaliste, mieux vaut être réaliste et maintenir la pression sur le gouvernement pour obtenir des garanties.

M.-H. P.

Ewa

Smovengo propose une issue à la crise des Velib’

VLS Smoove Smovengo

« La situation est mauvaise, pas acceptable », a reconnu le 3 mai Jorge Azevedo, le directeur général de Smovengo, la société qui a repris à JCDecaux, depuis le début de l’année, l’exploitation du vélo en libre service Vélib’ dans des conditions catastrophiques. Mi-avril une grève d’une partie de ses employés a contribué à paralyser un peu plus le service déjà perturbé par de multiples dysfonctionnements. Sommé par les élus de la Ville, de la Métropole du Grand Paris et du Syndicat Autolib’ Vélib’ Métropole de leur présenter un plan de sortie de crise, Smovengo a donc présenté un programme en trois temps.

Premier axe : Smovengo s’est engagé à retirer et remplacer les quelque 3 000 vélos sur les 9 000 déployés, qui ne sont pas « fonctionnels ». Cela devait être fait dès cette semaine. Autre décision : l’arrêt d’ouverture de stations fonctionnant sur batteries, mises en place pour pallier les problèmes de raccord au circuit électrique car elles posent trop de problèmes de maintenance. « Désormais, toutes les nouvelles stations seront électrifiées », a annoncé Jorge Azevedo. Le rythme d’électrification des stations s’est intensifié, a aussi indiqué Smovengo : 300 stations sont aujourd’hui raccordées au réseau sur 670 stations ouvertes.

Par ailleurs, la société Smovengo (composée des Français Mobivia, Indigo et de l’Espagnol Moventia) a décidé de stopper deux innovations qui étaient emblématiques du service et représentaient un saut technologique par rapport au Vélib’ de Decaux : d’une part, elle retire temporairement les vélos à assistance électrique en attendant que l’ensemble des stations soient totalement électrifiées. D’autre part, elle suspend son dispositif d’accroche des vélos qui permettait de laisser un vélo en station même quand celle-ci n’avait plus de places disponibles. Son fonctionnement n’a pas été bien compris et risquait de saturer les stations, reconnaît Smovengo qui annonce par ailleurs un renforcement de son dispositif de communication envers les usagers, conformément à la demande des élus de la métropole. Ce qui passe par des « ambassadeurs » envoyés dans les stations, de nouveaux supports de communication et une pédagogie renforcée vis-à-vis des utilisateurs.

L’objectif pour la fin juin est d’avoir 800 stations à 80 % électrisées. On sera alors encore loin des 1 400 stations qui étaient attendues pour la fin mars. La mise en place du projet dans sa totalité et avec toutes ses fonctionnalités est repoussée à moyen terme par le biais d’un « plan de redéploiement », une fois le fonctionnement du service « stabilisé ».

M.-H. P.