En dépit de la crise sanitaire et de ses conséquences négatives sur les transports, le deuxième semestre 2020, durant lequel l’Allemagne a assuré la présidence tournante de l’Union européenne, n’aura pas été complètement perdu pour le développement – ou le redéveloppement – des trains de nuit internationaux en Europe. En effet, deux mois après la présentation par l’Allemagne de son projet, intitulé Trans Europ Express 2.0 (TEE 2.0), de réseau transeuropéen de trains de jour et de nuit à établir d’ici à 2025, un premier engagement concret a été pris par quatre opérateurs « historiques ».
C’est ainsi que le 8 décembre, les PDG de ces quatre opérateurs, Richard Lutz (DB), Andreas Matthä (ÖBB), Jean-Pierre Farandou (SNCF) et Vincent Ducrot (CFF), ont signé, en marge du Conseil des ministres des Transports de l’Union européenne, un protocole d’accord pour le lancement de quatre nouvelles relations de trains de nuit Nightjet dans les années à venir : Vienne – Munich – Paris et Zurich – Cologne – Amsterdam au changement d’horaire de décembre 2021, Vienne/Berlin – Bruxelles/Paris deux ans plus tard, en décembre 2023, et enfin Zurich – Barcelone en décembre 2024. Symbole salué par les quatre opérateurs : leur annonce était concomitante avec le lancement de l’Année européenne du rail par les députés du Comité européen en charge des Transports.
On notera que l’appellation Nightjet, choisie par les ÖBB pour leur réseau de trains de nuit à travers l’Europe, a été retenue pour les futurs trains de nuit des quatre opérateurs. Bel hommage à la ténacité des Chemins de fer fédéraux autrichiens : « Cette journée montre qu’en 2016, nous avons pris la bonne décision », a rappelé Andreas Matthä, PDG des ÖBB, lors de la présentation du protocole d’accord.
Côté suisse, en dépit de l’engagement sans faille de la Confédération et des CFF pour les transports ferroviaires, les relations internationales avaient marqué le pas ces dernières années, à l’exception de liaisons à grande vitesse vers les pays voisins ou de relations régionales transfrontalières. Mais comme l’a rappelé Vincent Ducrot, DG des CFF, « Le développement des liaisons ferroviaires internationales de jour comme de nuit est un élément important pour la Suisse », à l’heure où le nouveau tunnel de base du Ceneri va être mis en service, alors que l’itinéraire de Munich à Zurich est enfin électrifié de bout en bout. En particulier pour l’offre de trains de nuit au départ de la Suisse, qui doit passer « de six à dix lignes desservant 25 destinations d’ici 2024 ».
Pour ce qui est de l’engagement de la DB et de la SNCF, le ton des « chats » que s’échangeaient en allemand ou en français les personnes ayant assisté en ligne à la présentation du protocole d’accord était pour le moins narquois. Après avoir démantelé leurs réseaux étendus de trains de nuit nationaux et internationaux durant les deux dernières décennies, voici que les opérateurs « historiques » allemand et français en chantaient les mérites, au premier lieu desquels la faible consommation énergétique…
« La jeunesse a moins envie de prendre l’avion (…) et a envie de se déplacer en train de nuit », proclame désormais Jean-Pierre Farandou, qui a toutefois reconnu que la SNCF, en ce domaine, « se raccroche au wagon ».
Pour ce qui est de la DB, le revirement observé a été justifié par le fait que la politique suivie était toujours la même : répondre à la demande, à condition qu’il y ait des voyageurs. Or ces derniers avaient massivement abandonné les trains de nuit DB au cours des années 2000 et, après la vague de suppressions du milieu des années 2010, l’opérateur avait tout de même maintenu une desserte IC de nuit… dont la demande était en forte hausse avant l’épidémie de Covid.
Et au sujet de cette dernière, tous les signataires du protocole d’accord n’ont qu’un discours : « Nous sommes sûrs que les clients vont revenir ». Et, plus généralement, tous pensent que le train de nuit a de l’avenir en Europe, surtout avec un nouveau matériel roulant, tel celui commandé par les ÖBB, qui respecte mieux la vie privée des voyageurs que les couchettes actuelles…
P. L.