L’année démarre dans la douleur pour les trains de nuit. Depuis deux ans, l’association Destination trains de nuit pointe chaque jour, les retards et suppressions des voitures-couchettes circulant en France. Elle publie désormais chaque mois un indicateur. La « météo des rails » de janvier 2026 est édifiante avec une proportion inédite : 40 % des trains supprimés ou déprogrammés.
Des retards allant d’une à 7 heures
En général, le trafic s’organise autour de 12 trains par nuit et même 14 le vendredi et le dimanche, soit 460 par mois. En janvier, 60 n’ont pas été programmés du fait de travaux sur les voies*, tandis que 19 trains ont accusé un retard allant d’une à sept heures. Les incidents qui en sont la cause sont variés : pannes de signalisation, heurts de sanglier, avaries sur des trains de fret, givre et arrachages de caténaires, défaillances de matériel, fins tardives de travaux de voie et les inévitables vols de câble. « Dans beaucoup de cas, nous sommes surtout surpris des délais de prise de décision pour limiter l’impact de ces aléas », remarque Stéphane Coppey, président de Demain trains de nuit.
Savoir anticiper les difficultés et régler les problèmes au plus vite constituent l’essentiel des demandes des militants pro-trains nocturnes. Le 18 février, ils sont venus de toute la France à l’Assemblée nationale, pour répondre à l’invitation de la députée Valérie Rossi. Reporté à trois reprises, le colloque « Trains de nuit – Relier la France autrement » organisé par la parlementaire des Hautes-Alpes, a enfin réuni des responsables de la SNCF, des services de l’Etat, des parlementaires et des représentants d’associations locales. L’objectif du colloque était ambitieux : trouver des solutions aux défaillances de ce service ferroviaire soutenu au sommet de l’Etat.
Un milliard de matériel commandé fin 2026
Une bonne nouvelle est venue de la confirmation faite par le ministre des Transports (qui s’est adressé à l’assistance par une vidéo) : du matériel neuf serait bien acheté par l’Etat. La commande, a-t-il assuré, sera signée d’ici la fin de l’année pour un montant d’un milliard d’euros. Philippe Tabarot s’est même engagé sur une date de livraison : 2030, pour les JO d’hiver dans les Alpes françaises. D’ici 2028, l’offre de trains de nuit devrait augmenter de plus de 50%, a également indiqué Philippe Tabarot, en rappelant que « l’Etat soutient résolument ce mode de transport ».
L’optimisme ministériel n’a pas manqué de surprendre des participants au fait des délais de production de l’industrie ferroviaire et de la disponibilité du matériel roulant. « Pas une seconde, un seul d’entre nous, imagine que le matériel sera disponible en 2030 », a soupiré Stéphane Coppey, co-président du colloque. « En matière d’engagements financiers de la part de l’Etat, ce qui hier était fiable ne l’est plus aujourd’hui », a lancé de son côté le député du Lot Aurélien Pradié, avant de regagner l’hémicycle.
800 000 voyageurs par an
Le colloque a eu le mérite de rappeler qu’avec près de 800 000 passagers par an, le train de nuit répond à une demande même si une baisse de la fréquentation a été enregistrée en 2025 pour cause de baisse de l’offre. Les lignes assurées sont souvent les grandes oubliées de la desserte nationale. Pour certaines communes isolées ou vallées enclavées, le train de nuit est le seul à les relier la capitale. Sécurité, ponctualité et confort ne sont pas toujours au rendez-vous. Christophe Fanichet, PDG de SNCF Voyageurs, n’a pu que le reconnaitre. « Les difficultés des trains de nuit sont réelles. Les faire rouler relève de l’orfèvrerie par rapport aux 15 000 autres trains que nous opérons ». Le dirigeant de la SNCF ne s’est pas privé de rappeler que l’autorité organisatrice des trains de nuit était l’Etat, et donc qu’une part des décisions, notamment d’investissements, lui incombe.
Pierre-Christophe Soncarrieu, adjoint au responsable de l’autorité organisatrice des TET au ministère des Transports a rattrapé la patate chaude en assurant que « l’on faisait ce que l’on pouvait ». Aucun des deux responsables n’est parvenu à rassurer les participants. « C’est pas moi, c’est l’autre, on entend le message depuis dix ans », a rappelé le co-président du colloque.
Mieux programmer les travaux
Les militants du train de nuit ont demandé une nouvelle fois que l’organisation des travaux sur le réseau soit programmée ou organisée en tenant compte du trafic de passagers nocturne, que la gestion des aléas qui touchent ce trafic soit mieux coordonnée. Bref, que toute la gestion se fasse de manière gérer plus réactive. Enfin, la question de la disponibilité du matériel s’est aussi invitée dans les débats. Le parc total est censé être composé de129 voitures. Or une soixantaine seulement sont en circulation tous les jours. Mettre à disposition plus de voitures quand la demande est plus forte, pour mieux répondre à l’attente des passagers, semble donc possible.
Les associations s’interrogent aussi sur la pertinence de transformer des voitures pour augmenter l’offre de première classe avec des voitures de 4 couchettes, souvent plébiscitée, ou encore pour créer une « voiture service » pour mettre les vélos ou proposer de la restauration. « Le train de nuit n’est pas une aventure de vieux nostalgiques ou romantiques, a rappelé Stéphane Coppey. C’est un sujet d’avant-garde qui, s’il est bien pris, peut rehausser tout le niveau du ferroviaire français ».
* Cela a concerné principalement le Paris-La-Tour-de-Carol en semaine et le Paris-Tarbes le week-end, soit 13 % du trafic. 120 ont été supprimés (ou déprogrammés) pour cause d’indisponibilité de locomotive. Là encore, le Paris-Tarbes a été impacté, comme le Paris-Aurillac et le Paris-Nice/Cerbère. 4 ont été victimes de mauvaises conditions météo (givre sur les caténaires ou en conséquence des aléas de la veille. Le Paris-Tarbes n’a circulé que 6 jours dans le mois, et le Paris-Aurillac 14 jours.