Terra Nova vient de lancer le Programme D, un « laboratoire civique » consacré à l’expérimentation de nouvelles manières de décider ensemble. Pour le tester, le think tank a choisi un thème mêlant pouvoir d’achat, égalité entre les territoires et transition écologique: les mobilités du quotidien. Un premier atelier citoyen s’est penché sur les façons de faire baisser leur facture.
Il s’est déroulé du 3 juin au 8 juillet,pendant six sessions de deux heures, et a rassemblé 31 citoyens tirés au sort. Neuf experts bénévoles ont encadré les débats. Parmi eux, Marine Braud, associée fondatrice d’Alameda Sustainability Advisory, Patrice Geoffron, professeur à l’université Paris Dauphine-PSL, Jean-Philippe Hermine, directeur général de l’Institut Mobilités en Transition de l’IDDRI ou Marie-Emmanuelle Huillo, directrice déléguée relations institutionnelles chez Transdev*.
A la suite des six sessions, 51 premières pistes ont été formulées. 14 propositions ont été consolidées et six propositions prioritaires adoptées.
Les transports en commun parmi les propositions prioritaires
La première concerne les transports en commun et en particulier l’offre de service. Elle doit être mieux optimisée pour assurer une meilleure régularité des services, notamment des bus et « supprimer les doublons entre les bus, les tramways et les métros ». Les citoyens du panel considèrent aussi que le développement des transports collectifs passe d’abord par une amélioration de leur fiabilité et de leur organisation. Une fréquence insuffisante, des horaires inadaptés ou des correspondances complexes peuvent les rendre peu compatibles avec les contraintes quotidiennes des usagers.
Autre recommandation avancée : l’accès des périurbains aux transports en commun doit être facilité. Personne ne doit être à plus de quinze ou vingt minutes d’un pôle d’intermodalité (gare ferroviaire, gare routière ou équipement équivalent), sans possibilité de laisser sa voiture ou son vélo en sécurité et à faible coût. L’existence d’une gare ou d’un réseau de transports collectifs ne suffit pas si les habitants ne peuvent pas facilement les rejoindre. Les citoyens proposent d’agir sur le premier et le dernier kilomètre grâce à des parkings sécurisés, des navettes, des transports à la demande et des solutions cyclables.
Incontournable forfait mobilité durable
Les membres du Programme D sont aussi arrivés à la conclusion qu’il fallait rendre obligatoire ou développer le recours au forfait mobilité durable. Le forfait mobilité durable permet à l’employeur de contribuer aux dépenses des salariés qui utilisent notamment le vélo ou d’autres modes alternatifs pour leurs trajets domicile-travail. Les citoyens proposent que ce dispositif ne dépende plus uniquement du choix de l’employeur et qu’il soit beaucoup plus largement mobilisé.
Les voitures électriques, levier prioritaire
Enfin, les membres de l’atelier se sont intéressés à un deuxième thème « prioritaire » : les véhicules électriques, estimant qu’il était nécessaire d’accompagner une baisse du prix. Elle peut être entrainer grâce à l’électrification accélérée des flottes d’entreprises, au renforcement des malus CO2 et « masse », à une prime à la conversion vers des véhicules électriques neufs et d’occasion et au développement du leasing social. Les ménages modestes achètent principalement leurs véhicules sur le marché de l’occasion. Pour les rendre accessibles, il faut donc augmenter le nombre de modèles disponibles en seconde main. L’électrification des flottes d’entreprises permettrait d’alimenter ce marché dans les prochaines années. Les citoyens interrogés souhaitent également encourager la production de véhicules plus petits, plus légers et moins chers.
Réduire l’imprévisibilité du prix de la recharge
Deux autres propositions portent sur le coût d’usage du véhicule électrique. Les membres du panel considèrent que la réduction de l’imprévisibilité du prix de la recharge publique « empêche les ménages d’anticiper précisément le coût d’usage d’un véhicule électrique ». Elle propose de définir un « tunnel de prix » pour la recharge électrique dans la rue ou sur autoroute, pour une durée de cinq ans. Une solution, proposée par le panel, est d’augmenter le nombre de bornes de recharge et même d’imposer un nombre minimal de bornes dans les nouveaux quartiers. Le manque de points de recharge constitue un obstacle important, en particulier pour les ménages ne disposant pas d’une place de stationnement privée. Les citoyens proposent d’intégrer plus systématiquement les bornes dans les nouveaux quartiers, les résidences et l’espace public.
Un vote pour hiérarchiser les mesures
Ces pistes sont le résultat de la réflexion menée au fil de six sessions durant lesquelles les participants ont partagé leurs expériences des mobilités. Ils ont aussi été informés sur les politiques existantes et les principaux enjeux afin d’identifier les problèmes qu’ils considéraient comme prioritaires. Les premières pistes ont débouché sur des propositions qui ont été consolidées. Un vote a permis de hiérarchiser les mesures retenues. Les experts n’ont pas participé au vote final.
* Le panel d’experts comprenait aussi Céline de Laurens, adjointe au maire de Lyon, Lambert Meillac, ingénieur, ex-président d’une coopérative d’autopartage et ex-secrétaire d’une association membre de la Fédération des Usagers de la Bicyclette, Quentin Perrier, expert énergie dans l’équipe Energy & Climate chez Deloitte, Simon Louedin, chargé des enjeux socioéconomiques de mobilité de l’Institut Mobilités en Transition de l’IDDRI, Antoine Trouche, Responsable du pôle expertise de l’Institut Mobilités en Transi de l’IDDRI.