La présentation des résultats 2025 a été l’occasion pour Christelle Villadary, la directrice financière, qui vient de terminer cinq mois d’intérim à la tête du groupe, de se satisfaire de la performance financière « très solide » de Keolis. Frédéric Van Heems, qui a pris ses fonctions de Pdg le 16 mars, s’est lui réjoui de la bonne dynamique commerciale de l’opérateur sur le dernier exercice, malgré un chiffre d’affaires en retrait de 7,1%.
Sur le plan financier, le groupe améliore significativement sa rentabilité, avec un résultat opérationnel à 201 millions d’euros, en hausse de 19% par rapport à 2024. La marge s’élève à 2,8 %, contre 2,2 % en 2024. Le résultat net, de 33 millions d’euros, est aussi positif pour la cinquième année consécutive. Il a même été multiplié par 2,5, au prix « d’une discipline financière maintenue », indique le groupe. Il poursuit la baisse de son endettement, qui passe sous la barre des 900 millions d’euros (893 millions) « malgré des investissements significatifs en organique et en croissance externe ».
Côté commercial, le groupe évoque « une année de rebond commercial », caractérisée par un double effet portefeuille. En clair, il a souffert de la fin de deux contrats : le tramway de Melbourne et le métro de Lyon, perdu au profit de RATP Dev et qu’il opérait depuis 1993. Il a aussi signé des succès qu’il qualifie de « majeurs » comme les contrats, en Île-de-France, des DSP 9 (bus) et 47 (bus, tramway et gare routière) ou les contrats de Stretto (tram-train T11/T4 et tramway T14), qui prendront pleinement effet sur l’exercice 2026. Keolis affiche ainsi une part de marché de 24% à fin 2025, devenant le deuxième opérateur routier d’Île‑de‑France sur les périmètres Optile et Paris petite couronne. Enfin, grâce aux gains déjà annoncés des lignes 16, 17 et 18 du métro francilien et de la gestion de Saint-Denis Pleyel, en 2026, Keolis va devenir la première entreprise, hors RATP, à exploiter des lignes de métro parisiennes.
En France, son activité a été marquée par des renouvellements ou plutôt des « reconquêtes », comme son nouveau patron, Frédéric Van Heems, préfère les qualifier. C’est le cas dans l’urbain à Rennes et à Tours, ainsi qu’à Arras, Agen, Nevers, Agde, Menton, Montargis, Moulins, Morlaix, Metz où une SEMOP a été créé avec l’Eurométropole. Dans l’interurbain, le groupe a gagné un contrat à Vitré et a été renouvelé en Auvergne, en Hérault, en Loire Atlantique et dans le Morbihan. Au total, en valeur, le groupe estime avoir conservé 100% de ses contrats urbains et 89% de ses contrats interurbains en 2025, soit, dans un contexte de forte concurrence, un bilan commercial 2025 « très satisfaisant ».
Une activité qui se renforce das le bus
A l’international, sur le marché du bus, Keolis a enregistré un « beau bilan ». Il a renforcé ses positions en Suède, avec le renouvellement du contrat de Stockholm et Lidingö, et au Danemark, en remportant deux contrats de bus électriques (Seeland et Jutland du Sud). En Belgique, à l’issue de l’appel d’offres de TEC pour l’exploitation de bus en Wallonie, il a assuré la reconquête de plusieurs lots, notamment Nord-Luxembourg, Hesbaye et Liège Nord-Ouest, représentant plus de la moitié du marché concerné.
2025 a aussi marqué une étape « décisive » dans son développement commercial dans le rail. En Inde, la filiale de la SNCF a remporté l’exploitation de la ligne de métro de Pune et a prolongé d’un an le contrat du métro d’Hyderabad qu’il exploite depuis 2017 (450 000 passagers chaque jour). Au Canada, elle a été retenue pour le projet du futur train à grande vitesse Alto entre Toronto et Québec, dans le cadre d’un consortium aux côtés de CDPQ Infra, AtkinsRéalis, SYSTRA, SNCF Voyageurs et Air Canada. Aux Emirats-Arabes-Unis, Keolis et Etihad Rail ont créé une co-entreprise en vue du lancement du premier service ferroviaire de passagers dans la région, reliant Dubaï et Abou Dhabi. Le lancement commercial est prévu en 2026. Enfin, aux Etats-Unis, le contrat de bus pour la Metro West Regional Transit Authority à Boston (90 véhicules, près de 700 000 voyages par an) a été attribué au Français.
« L’année 2026 démarre sous une dynamique commerciale soutenue et prometteuse, avec plusieurs succès notamment le gain du tramway de Dublin », conclut Frédéric Van Heems, dont l’objectif est d’accélérer la croissance rentable sur 2026 – 2030.
Nouvelles têtes
La présentation des résultats 2025 a été l’occasion de la première sortie officielle du nouveau Pdg de Keolis, en pleine phase d’immersion, à l’image de sa virée matinale au centre opérationnel bus de Vélizy, avant son rendez-vous avec la presse. En septembre, le groupe apprenait le départ de Marie-Ange Debon nommée pour prendre la tête du Groupe La Poste. Depuis 2020, la dirigeante « transformait en profondeur » l’opérateur mondial. Elle a d’abord fait évoluer la culture du groupe notamment en intégrant au sein du Comex et des équipes dirigeantes, avec davantage de profils féminins et business. Son héritage comporte aussi un renforcement des engagements en matière d’environnement. Sous sa direction, plusieurs appels d’offres majeurs ont été remportés comme les lignes 16, 17 et 18 du Grand Paris Express, l’ambitieux projet de train à grande vitesse Alto, au Canada ou encore la reconduction du contrat du Docklands Light Railway (DLR) à Londres.
En février, le nom de son remplaçant a enfin été connu. Frédéric Van Heems aurait pu monter dans un train opéré par Keolis à Boston d’où il a dirigé pendant quatre ans la filiale Amérique du Nord de Veolia, de 2021 à 2025. Il aurait aussi pu rencontrer Marie-Ange Lebon sur les bancs de HEC où tous deux ont étudié. Passé par Areva, Cegelec et Alstom, il avait rejoint Veolia en 2014 pour y faire une carrière fortement marquée par l’international. Chez Keolis, il retrouve une entreprise française mondialisée, spécialisée dans les services. Rien donc de totalement étranger à ce dirigeant de 62 ans qui présentera dans les mois qui viennent son plan stratégique. Il ne devrait pas être très différent de l’actuel mais sera marqué par la devise de son nouveau patron : énergie, efficacité et enthousiasme.