Le cabinet de conseil PWC vient de livrer sa dernière étude sur les investissements dans les infrastructures d’ici à 2050 (Global Infrastructure Outlook). Selon ses estimations, le monde entre dans le plus grand cycle d’investissements en infrastructures de son histoire. Le transport va représenter un tiers du total des dépenses sur la période. Les montants consacrés à des projets de routes, réseaux ferrés ou aéroports, devraient augmenter de 75% de 2024 à 2050, passant de 1,4 par an à 2,4 trillions de dollars. « Les infrastructures sont devenues un marqueur de puissance. L’avantage ne se joue pas seulement sur le niveau d’investissement mais sur la capacité à livrer rapidement et efficacement les infrastructures utiles à l’économie réelle », analyse Christophe Desgrandes, associé et membre du comité exécutif de PWC France et Maghreb.
Le bénéfice de « smart systems »
La progression du nombre de personnes ayant besoin de se déplacer, la concentration de populations autour de mégapoles, impliquent à la fois le renouvellement d’infrastructures existantes, leur entretien et la demande pour de nouvelles constructions. Les routes et ouvrages représentent, selon l’étude, 60,5% des montants qui seront investis. « Même les villes avec un haut niveau d’infrastructures vont devoir prendre en compte la résilience au changement climatique et d’autres disruptions », note l’étude.
Le ferroviaire devrait ainsi bénéficier de 14.1 trillions d’ici 2050, profitant de l’urbanisation galopante et de l’engouement pour les modes de transport à faible émission. « La récente détérioration de la situation au Moyen-Orient a rappelé la nécessité d’infrastructures conçues pour plus de résilience et d’efficacité », relève l’étude. Le transport va aussi bénéficier du développement de « smart systems », moteurs du dynamisme économique mondial et garants de l’intermodalité entre routes, rail, ports, aéroports.
De grandes disparités entre régions
Le Global Infrastructure Outlook de PWC reflète de grandes disparités régionales. Elles sont facteurs de la croissance de la population, de la démographie, de la disponibilité des ressources naturelles, comme de contraintes fiscales, de choix politiques ou d’exposition au risque. Ces asymétries sont essentielles pour les investisseurs et les institutionnels qui misent sur les infrastructures.
PWC considère que l’Europe est entrée dans un « super cycle » de renouvellement. Les projections du cabinet font état d’une croissance de 42% entre 2024 et 2050 pour des investissements qui vont passer de 641 milliards à 909 milliards de dollars dans les 25 prochaines années. Les dépenses seront orientées à 30% vers la régénération d’infrastructures (ponts, tunnels, voies ferrées). L’Allemagne, le Royaume-Uni et la France concentrent une majorité de ces projets même si les pays de l’Est vont accélérer le développement de leurs infrastructures de transport et de logistique.
Pour Christophe Desgranges, si la France conserve un rôle stratégique, en troisième place pour les infrastructures derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni, les investissements attendus d’ici 2050 dans l’Hexagone reflètent une dynamique inférieure à celle de la zone. « Le principal enjeu est désormais celui de l’exécution. Plusieurs freins structurels persistent : une complexité administrative et réglementaire ou encore une fragmentation des décisions entre acteurs publics et territoriaux. La question est de transformer les investissements en infrastructures opérationnelles dans des délais compatibles avec les besoins économiques et climatiques », souligne l’expert.
En Asie-Pacifique, le transport en tête
Sans surprise, la région Asie-Pacifique tire la croissance mondiale avec des montants en hausse de 54% de 2024 à 2050. Le transport y arrive en tête des secteurs qui concentrent le plus de dépenses chaque année, avec 40,8% du total. Elle vont quasiment doubler dans les deux décennies à venir, tirées par l’expansion des réseau routiers, ferroviaires et des aéroports.
Les cinq pays d’Amérique couverts par l’étude (Brésil, Canada, Chili, Mexique et Etats-Unis), qui représentent 95% de l’économie du continent, vont consacrer la plus grande part de leurs investissements à l’énergie et au transport. Brésil, Chili et Mexique ont pour priorité la connectivité et la logistique tandis que les Etats-Unis et le Canada vont se concentrer sur la maintenance et la modernisation de leur réseau existant.
Le transport double le pétrole et le gaz
Au Moyen-Orient, d’ici 2050, les transports représenteront environ un quart des dépenses d’infrastructure passant pour la première fois devant celles réalisées dans l’énergie (oil and gas).
Enfin, l’Afrique devrait connaître le taux de croissance d’investissements en infrastructure le plus rapide jamais enregistré dans une zone de la planète lors de ces 25 dernières années. Les prévisions estiment que 800 millions d’habitants vont rejoindre les grands centres urbains. Les capitaux injectés dans des projets au Ghana, au Kenya, au Nigeria et en Afrique du Sud, vont atteindre 96 milliards de dollars en 2050 (+77%).