Introduction
Au fil de dizaines de participations dans tous les secteurs du ferroviaire, partout dans le monde, les fonds d’investissement spécialisés dans les infrastructures et les mobilités, dont les trois géants français Ardian, Meridiam et Antin, se sont constitués un portefeuille de participations et une expertise hors norme.
L’appétit des fonds infrastructures
Suite à la privatisation des autoroutes, ils ont fait une démonstration magistrale de leur capacité à gérer des réseaux aux revenus récurrents et à en assurer la croissance. C’est le premier secteur dans lequel ils ont investi et par lequel ils se sont fait connaître en France. Ils ont ensuite jeté leur dévolu sur les aéroports, parisiens et régionaux. Puis on les a vu arriver dans le ferroviaire sur le chantier de la ligne TGV Tours-Bordeaux.
Dans l’Hexagone, leur présence peut sembler encore timide par rapport à leur développement à l’international. Partout dans le monde, les projets de métro, de trams, de trains du quotidien ou de transport de marchandise font appel à leurs capitaux. Plusieurs des principaux champions mondiaux, ces méga-funds qui disposent d’une capacité financière d’investissement supérieure à cinq milliards d’euros, sont nés en France, comme Ardian, Meridiam, Antin.
Dans les projets d’infrastructures nouvelles, baptisés « greenfield », en opposition à « brownfield » quand ils sont déjà construits, leur intervention est clairement souhaitée. C’est ce que l’on peut conclure du projet de la loi-cadre sur les transports du ministre Tabarot ou encore du dernier rapport du Conseil d’orientation des infrastructures que lui a remis David Valence. On y lit que la régénération du réseau étant une priorité, l’argent public doit être injecté dans la remise à niveau de l’existant. Un contexte qui ouvre un boulevard pour financer de nouvelles infrastructures au moyen de fonds privés.

Rendements réguliers
Les méga-funds infra ne sont d’ailleurs pas les seuls sur les rangs. Des fonds « généralistes » démontrent eux aussi aujourd’hui leur intérêt appuyé pour tous les maillons de la chaîne du secteur des mobilités. On retrouve des sociétés d’investissement aux côtés de start-up dans la billetique ou le déploiement de bornes de recharge électrique. Elles sont aussi présentes au capital de nouveaux opérateurs ferroviaires et de structures juridiques créées par les régions pour porter leur projet dans le rail.
Le modus operandi de tous ces fonds du capital-investissement ou private equity reste proche. Tous les quatre ans environ, ils vont faire la tournée d’investisseurs institutionnels, sociétés d’assurance, caisses de retraites, gérants de fortune, fonds souverains, assurance-vie, pour leur proposer de leur confier des fonds. Pour la seule année 2025, 43 milliards d’euros ont ainsi été collectés par les acteurs français du secteur, regroupés dans l’association France Invest. Sur ce montant, 14 milliards ont été levés par les seuls fonds infra.
Dans l’univers du placement financier, cette classe d’actifs qualifiée « d’alternative », est en concurrence avec la multitude de produits plus ou moins sophistiqués que représentent les actions en Bourse, les obligations d’Etat, les actifs immobiliers. Le non-coté bénéficie lui aussi de la croissance inexorable des flux financiers et leur quête de rendement.
La manne récoltée par les fonds infra sera investie dans le capital de sociétés ou de projets pour une durée allant de cinq ans à vingt-cinq ans. La mise initiale et une partie de la plus-value seront alors retournées aux investisseurs. Les équipes du fonds, elles, vont se rémunérer via des frais annuels de gestion, autour de 1 % des fonds gérés, ce qui constituent déjà, pour les grands fonds, des sommes considérables. Mais ils vont aussi conserver une part de la plus-value « supplémentaire » réalisée.
Les atouts qui expliquent l’attrait de cette classe d’actifs auprès d’institutionnels sont nombreux. Les fonds infra offrent un investissement de long terme, mais proposent régulièrement « des fenêtres de liquidités », qui permettent de récupérer la mise initiale (et une plus-value) sans attendre l’échéance finale. Chaque année, les contrats négociés sur du très long terme, comme les concessions d’autoroutes, assurent des rendements réguliers.
Face aux cycles économiques, les infrastructures sont considérées comme des investissements résilients. Mieux encore, beaucoup peuvent être qualifiés de « soutenables », répondant aux critères d’investissement « durable » ou « responsable », qui ont le vent en poupe auprès des gestionnaires d’actifs. Cela explique l’appétit des fonds infra pour la production d’énergies renouvelables, le stockage d’énergie, la décarbonation. Enfin, autre point déterminant : les professionnels du private-equity ont bénéficié pendant des années de taux d’intérêt historiquement bas. Or, le recours à l’endettement est déterminant dans toutes les opérations, les fonds étant même considérés comme de réels virtuoses en matière d’effet de levier.

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