Livreurs à vélo : les grands oubliés des politiques cyclables ?
Les livraisons en deux roues ont pris de plus en plus d’importance dans les grandes villes. Or, les infrastructures cyclables ont été conçues pour des usages du quotidien et non pour des activités professionnelles intensives. D’où des enjeux en termes de cohabitation et de sécurité routière.
Camille Krier (directrice associée de 6t), Nicolas Louvet (directeur et fondateur de 6t), Laetitia Dablanc (professeure, Université Gustave Eiffel)

directrice associée
de 6t. © 6-T
La livraison « instantanée » (en moins de 2 h) s’est imposée en quelques années comme un service du quotidien pour de nombreux urbains. Initialement centrée sur la livraison de repas, cette activité s’est par la suite étendue à la livraison de courses alimentaires. Cette instantanéité offerte aux consommateurs repose sur la mise en relation, via des plateformes numériques, entre offre et demande : des livreurs récupèrent les commandes auprès des restaurateurs référencés sur les plateformes pour les acheminer chez les clients ayant passé commande via une application.
Derrière cette apparente simplicité se dessine une réalité plus complexe. Les livreurs de plateformes sont des travailleurs mobiles, dont l’activité consiste à circuler en permanence dans des espaces urbains déjà denses et contraints. À la croisée des enjeux de mobilité, de logistique et de travail, ils occupent une place ambivalente : désormais inscrits dans le quotidien de nombre d’habitants des grandes villes, ils demeurent encore largement invisibilisés et mal pris en compte dans les politiques publiques de mobilité.
Ce paradoxe s’explique en grande partie par le modèle économique de la livraison instantanée : une rémunération à la course, pour des travailleurs majoritairement auto-entrepreneurs (ou sous-traitants d’auto-entrepreneurs), qui incite à livrer toujours plus et surtout toujours plus vite. Ce fonctionnement n’est pas sans conséquence : il structure directement les pratiques de mobilité et l’exposition au risque dans l’espace public.
Un modèle économique qui produit de la vitesse
Depuis dix ans, l’Université Gustave Eiffel et 6t-bureau de recherche produisent des données inédites éclairant la réalité de cette activité. Le modèle repose sur une logique simple : plus un livreur enchaîne les courses, plus il augmente ses revenus. Cette incitation économique, combinée aux logiques algorithmiques d’attribution des commandes, crée une pression permanente à la rapidité. Ce n’est pas un effet secondaire du système : c’en est le moteur.
L’édition 2025 de l’enquête, menée au sein du consortium ERROLI (Exposition au Risque Routier dans la Livraison Instantanée), met en lumière les enjeux de mobilité associés à la livraison instantanée et notamment le risque routier. Les données collectées font tout d’abord ressortir que les livreurs sont pour la quasi-totalité d’entre eux, à Paris et à Lyon, des livreurs à deux-roues. Soit des usagers vulnérables de la route, tels que définis dans le Code de la route.
Aujourd’hui, les livreurs interrogés à Paris et à Lyon travaillent en majorité à vélo, notamment à vélo à assistance électrique, le deux-ro
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Publié le 12/05/2025 - Valérie Chrzavzez